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Personnalités gabonaises

La lutte contre l’impunité : la grande oubliée de la Transition en République gabonaise

Par Charlène ONGOTHA

Par Charlène ONGOTHA © DR

Depuis le ''Coup de libération'' du 30 août 2023, le Gabon est plongé dans une période de transition politique, économique et sociale, avec pour objectif la restauration des institutions et le retour à un ordre constitutionnel stable et fonctionnel.

Les militaires aux commandes avaient pleinement conscience de la volonté du peuple gabonais de se libérer du système mis en place par la famille Bongo depuis plus de 50 ans. Ce système, que le Président sortant, Ali Bongo Ondimba, souhaitait prolonger malgré les résultats des urnes, entravait l’alternance politique, la lutte contre la corruption, l’État de droit, le développement économique, la séparation des pouvoirs, et surtout la lutte contre l’impunité.

L’impunité, ce phénomène où une personne ou un groupe échappe aux conséquences juridiques de ses actes, empêche l’application de la justice. Elle encourage la répétition des abus et des violations de la loi. Ce phénomène constitue une entorse à la justice et à l’exigence de vérité, indispensables pour garantir les droits humains. Or, au Gabon, alors que les autorités de transition sont en place depuis près de deux ans, la lutte contre l’impunité semble encore ignorée.

I. L'impunité, une entorse à la justice et à l’exigence de vérité indispensable à la garantie des droits humains

Sous l’ancien régime, l’impunité a concerné tant des actes de corruption et de détournement de fonds publics que des crimes commis à l’encontre des populations, notamment pendant les périodes électorales ou post-électorales. Le rapport du mouvement citoyen Tournons la page en 2023, qui recense des violations des droits humains depuis 2016, illustre bien cette situation.

Ce rapport mentionne 864 arrestations arbitraires et 12 manifestations réprimées de manière violente, la période post-électorale de 2016 étant particulièrement violente avec les bombardements du quartier général de Jean Ping, candidat à la présidentielle. Une plainte déposée en France pour des crimes tels que " arrestation arbitraire, torture et actes de barbarie " a conduit à l’ouverture d’une enquête, mais la justice gabonaise n’a jamais pris en charge cette affaire.

L’impunité engendre des conséquences profondes. Elle nourrit les inégalités sociales, car certains individus se croient au-dessus des lois et échappent à toute poursuite. Elle renforce la méfiance des citoyens envers leurs institutions, lesquelles ne parviennent pas à protéger les populations contre les abus. Enfin, elle mutile les victimes, laissant des traumatismes non guéris, qui compliquent leur réintégration dans la société.

Il est vrai que le Gabon n’a pas connu de guerres, mais l’absence de guerre ne garantit pas la paix. Le renversement de l’ancien régime avait suscité un grand espoir chez les Gabonais, qui espéraient que justice soit rendue pour les exactions commises par des responsables de l’ancien régime et que ces derniers soient sanctionnés. La justice devait envoyer un signal fort à ceux qui se croient au-dessus des lois. Cependant, il ne faut pas oublier que le respect de la règle de droit et l’exemplarité des autorités dans la gestion des affaires publiques sont des priorités. C’est pourquoi la création d’une commission vérité, réconciliation et réparation est essentielle pour rétablir la justice et restaurer la crédibilité des institutions.

II. La Commission vérité, réconciliation et réparation, un outil indispensable pour la restauration des institutions

Les commissions vérité, réconciliation et réparation constituent des outils de la justice transitionnelle. Elles ont pour objectif d’établir les responsabilités, de rendre justice et de favoriser la réconciliation après des exactions massives. L’expérience de pays comme l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Liberia, ou le Canada montre que ces processus peuvent être un moyen efficace de résoudre les traumatismes du passé et de restaurer la confiance entre les citoyens et l’État.

Bien que le Gabon n’ait pas connu de guerre, il a été marqué par des violations graves des droits humains sous le régime de la famille Bongo. Le système autoritaire a conduit à des actes répréhensibles, et les victimes de ces crimes réclament justice. C’est dans ce contexte qu’une commission vérité, réconciliation et réparation pourrait être un moyen de panser les blessures laissées par les exactions passées. Cela inclut la nomination des responsables, leur confrontation à leurs actes et la réparation des préjudices subis par les victimes.

Cependant, la mise en place de cette commission pourrait impliquer certaines figures publiques, y compris celles actuellement au pouvoir. Certains membres de la société civile soulignent que des forces de l’ordre, comme les bérets verts de la Garde Républicaine (GR), ont été responsables d’exactions, telles que le mitraillage et l’assaut du quartier général de Jean Ping pendant la campagne présidentielle de 2016. De telles exactions doivent faire l’objet d’une enquête, et ceux qui en sont responsables, répondre de leurs actes.

Une commission vérité, réconciliation et réparation serait donc une opportunité de réparer les erreurs du passé et d’établir des rapports officiels sur les violences commises. Cela permettrait de garantir que ceux qui ont enfreint la loi ne puissent plus exercer de responsabilités dans l’appareil d’État sans être confrontés à leurs actes. Cela permettrait aussi de restaurer la confiance des citoyens envers les institutions et de prévenir la répétition des abus.

Conclusion : Un impératif pour l’unité nationale et la crédibilité des institutions Le peuple gabonais réclame vérité, réparation et réconciliation. Ces demandes ne sont pas seulement une question de justice pour les victimes, mais aussi un impératif pour l’unité nationale et la restauration des institutions.

Bien que ce processus nécessite du temps et dépasse le cadre d’une transition politique, sa mise en place aurait permis aux autorités de transition de démontrer leur engagement envers les droits humains, de marquer leur volonté de s’attaquer à l’impunité de l’ancien régime et de défendre une gouvernance plus transparente

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