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Chroniques

[Editorial] - Nyanga : du "parler-vrai" aux actes !

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi Mayumba lors d'une partie de pêche de nuit pour livrer sa vérité, dans un cadre insolite, presque intime, aux antipodes des discours protocolaires et convenus habituels. Sur un bateau qui tangue, le président a voulu incarner un chef proche, accessible, désireux de briser les codes, parlant librement, comme on a pu le voir, cette fois encore, dans un genre d'échange de proximité qu'il affectionne bien.

Mais derrière la décontraction affichée, derrière les sourires et petites phrases, d'aucuns y voient une opération de communication qui a poussé partisans et détracteurs à décrypter dans le moindre détail cette parole présidentielle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme a saisi l'occasion pour distiller un message à ses compatriotes, tordre le cou à certaines idées reçues, rumeurs et clarifier sur d'autres sujets jusque-là tabous. En se livrant à cet exercice nocturne, en acceptant les piques lancées à son entourage, sa famille, la gestion du pays, notamment, sur ce que pensent les Gabonais de son action et sa vie privée, Oligui Nguema a marqué des points dans l’opinion. Il apparaît, une fois encore, comme un président qui ne se cache pas, qui assume la solitude du pouvoir et qui, surtout, ne craint pas le débat.

On retiendra une formule : "Avec Oligui, on ne mange pas, on travaille." Une petite phrase qui, dans un pays où les détournements de deniers publics, l'enrichissement illicite, la corruption, l'affairisme des proches et autres responsables ont longtemps été érigés en système de gouvernance, résonne comme un coup de semonce. Promesse de tribunaux pour les ministres véreux, engagement à frapper sa propre famille si celle-ci dérape. Le chef de l’État veut poser un acte de rupture. Et l’opinion, excédée par des décennies de gabegie, d'impunité, veut y croire.

Pourtant, se pose la question de savoir si ce "parler-vrai" suffira à convaincre de sa détermination à imprimer sa fermeté, à changer les choses dans un pays aux pratiques déviantes si ancrées, aux mentalités rétrogrades ? Et si elle se pose c’est tout juste parce que les Gabonais piaffent d'impatience, au point d'oublier qu'on est seulement à un an de son magistère, d'apprécier les avancées concrètes déjà visibles dans bien de secteurs, même si dans d'autres (énergie, vie chère, etc.), beaucoup reste à faire. Ils veulent des résultats immédiats.

Maintenant, si le président ironise lorsqu'on parle de certains proches, la menace des tribunaux, pour l’heure, reste verbale. Et tant qu’aucune tête ne tombera, tant qu’aucun proche ne sera inquiété, les Gabonais dubitatifs, attendent de le prendre au mot, ayant lui-même pris date. Parce que le "parler-vrai" en mer, doit se traduire sur la terre ferme, par des décisions, mesures concrètes, des procès...mais surtout, par la poursuite résolue des actions initiées pour changer la vie des Gabonais, et à l'aune desquelles il sera jugé au terme de son mandat.

Et sur ce point, la parole d'Oligui Nguema, saluée pour sa sincérité, sa franchise, son ton direct ne saurait donc être des propos jetés en l'air. Mais elle doit attirer l'attention des acteurs autour de lui (proches, collaborateurs, membres du gouvernement, etc.) de s'approprier les règles morales édictées par le chef de l'État, pour éviter de se retrouver dans la nasse, d'autant qu'elles s'imposent à tous durant son mandat. Cela signifie clairement qu'entre le "parler-vrai" et les actes, il n’y aura aucune distance.

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