L'Union : Vous êtes candidat à la présidentielle. Quelle est la spécificité de votre candidature ?
Alain-Simplice Boungoueres : Je suis un candidat qui représente tous les candidats indépendants ainsi que les partis politiques. Je pense qu'il est essentiel de repartir sur de nouvelles bases, eu égard à la nécessité de remettre notre pays sur les rails.
Vous avez soutenu la Transition, mais vous vous présentez maintenant contre son président. Comment expliquez-vous cette situation ?
J'ai travaillé avec le président de la Transition par le passé. Il a probablement estimé que je pouvais, humblement, apporter ma pierre à l'édifice. D'où ma nomination. En tout cas, s'agissant de la présidentielle, comme vous le savez, tout Gabonais qui a quelque chose à proposer pour le bien-être de la population est libre de se présenter. À condition toutefois, de se conformer aux prescriptions légales en la matière.
Certains observateurs vous considèrent comme un candidat peu connu et parlent de votre candidature comme étant fantaisiste. Que répondez-vous ?
Écoutez, je suis dans la vie politique depuis de nombreuses années. Dans ce cadre, nous avons organisé des conventions et des événements pour promouvoir la paix. Une grande partie du public me connaît, surtout celle qui s'intéresse à la politique.
En tant que président du Mouvement des citoyens du Gabon (MCG), je suis l'ambassadeur de tous les partis, et je suis convaincu que ma candidature touchera un maximum de personnes.
Quelles sont les grandes lignes de votre programme ?
Nous proposons de réduire le train de vie de l'État. Notamment la réduction du nombre de députés et de sénateurs, en instaurant une limite d'âge pour les sénateurs afin de garantir une meilleure représentativité.
De même, nous allons revoir à la baisse le nombre des membres du Conseil économique, social et environnemental. Avec à la clé, une limitation du nombre de ministres à 24 ou 27.
Dans cette perspective, quels ministères devraient fusionner ou être supprimés ?
Certains ministères sont des démembrements de départements qui pourraient être regroupés pour une meilleure cohérence, comme l'éducation et la formation. Cela permettra de réduire le train de vie de l'État.
Quels sont vos projets pour lutter contre la corruption ?
Nous devons créer un cadre qui limite la corruption. Je suis convaincu qu'en améliorant la structure gouvernementale, nous pourrons faire des économies et mieux gérer les ressources. Mais la solution la plus efficace est d'investir dans les salaires.
15 milliards de budget d'investissement, c'est le minimum. 15 milliards, c'est une somme ! Mais au-delà des moyens financiers, comment changer les mentalités ?
Regardez, vous prenez un homme, n'importe lequel… Il a un cœur, du sang qui coule dans ses veines. Il est confronté chaque jour aux problèmes de son village, de sa communauté… On attend de lui qu'il trouve des solutions, qu'il ait déjà toutes les réponses. Il faut donner à ces hommes, à ces responsables, les moyens d'agir honnêtement.
Donnez un salaire décent à un fonctionnaire, et il n'aura plus besoin de se servir. C'est une image, bien sûr, mais vous comprenez l'idée. Le juste prix, voilà le cœur du problème !
Si chaque personne est rémunérée à sa juste valeur, qu'elle peut subvenir à ses besoins, alors elle se concentrera sur son travail, et non sur comment arrondir ses fins de mois.
Il faut réaménager la grille salariale, augmenter les traitements. La crise salariale est une réalité. On va regarder ce qui peut être amélioré, pour au moins diminuer la corruption, car il faut la diminuer, c'est une priorité.
Que proposez-vous pour l'Éducation ?
Il faut repenser la carte scolaire. Aujourd'hui, elle est totalement déséquilibrée. 80 % du territoire a des infrastructures vides, sans élèves. On construit des écoles là où il n'y a personne, c'est absurde !
Et les enseignants dans tout ça ? C'est le cœur du système éducatif. Il faut les revaloriser, leur donner les moyens d'exercer leur métier dignement. Aujourd'hui, on les envoie dans des zones reculées, sans logement, sans accès aux services de base… Comment voulez-vous qu'ils restent ? Ils abandonnent, c'est normal.
Nous allons lancer une grande campagne de construction de logements à coûts réduits, en utilisant des techniques innovantes. On peut construire rapidement, efficacement et à moindre coût. Et puis, il faut donner envie aux enseignants d'aller dans ces zones, leur offrir de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire…
Un vaste chantier en perspective…
La lutte contre la corruption et la refondation de l'éducation sont des chantiers prioritaires pour le Gabon. Nous avons les compétences, la volonté politique pour y parvenir.
Votre programme met l'accent sur l'emploi et la lutte contre la corruption. Quid de la santé ?
La santé est évidemment un domaine crucial. Nous avons un projet solide pour le système sanitaire gabonais. L'accès aux soins est problématique, entre le manque de plateaux techniques adéquats et les difficultés de réception des patients.
Il faut d'abord s'attaquer au problème des médicaments. Le prix des médicaments génériques est bien inférieur à celui des molécules originales. Nous allons donc installer des pharmacies communautaires…
Concrètement, qu'envisagez-vous pour faire en sorte que chaque Gabonais ait accès au logement, à l'eau et à l'énergie, et mettre fin aux coupures intempestives ?
Il faut d'abord finaliser les projets en cours, comme Poubara et Kinguele. Ces infrastructures sont essentielles pour produire de l'électricité et, potentiellement, de l'eau…
… et pour ceux qui n'ont pas accès au réseau ?
L'État peut intervenir en subventionnant la production d'une eau minérale. Si on baisse le prix de la bouteille d'eau à 100 francs CFA grâce à une péréquation, on permet à tous les Gabonais d'accéder à une eau de qualité.
Vous proposez de subventionner l'eau minérale plutôt que le carburant ?
Absolument ! Enlevons 100 francs CFA à la subvention sur le carburant et injectons cette somme dans l'eau. On peut même imaginer créer des usines de production d'eau minérale dans chaque province, voire chaque département. Ce serait un investissement rentable qui créerait des emplois et améliorerait la santé publique.
Venons-en à la SEEG. Comment comptez-vous la remettre sur pied ?
La SEEG gère à la fois l'eau et l'électricité. Or, qui trop embrasse mal étreint. Il faut séparer les deux entités. Une société nationale pour l'eau, une autre pour l'électricité. La spécialisation permettra une meilleure gestion et une meilleure efficience.
Certains projets, annoncés par le passé, visaient déjà à améliorer le fonctionnement de la SEEG. Qu'en pensez-vous ?
Il faut les mener à terme et évaluer leur impact. Si les problèmes persistent, on séparera les deux branches d'activité. Nous avons négligé l'énergie renouvelable, notamment l'énergie solaire.
Saviez-vous que l'éclairage public représente 25 à 35 % de la capacité de production électrique ? En investissant massivement dans le solaire, on peut éclairer tout le pays à moindre coût et libérer des capacités pour les foyers et les entreprises…
Et le logement dans tout ça ?
80 % du territoire est inoccupé. Il faut viabiliser des terrains à proximité des villes et mettre en place un système de kits de maisons en bois.
Des maisons en bois ?
Oui ! C'est un matériau durable et économique. On construit une maison témoin, on la démonte pièce par pièce, et on vend des kits complets à un prix abordable, entre 4 et 8 millions de francs CFA. Ajoutez à cela le prix du terrain, et vous avez une maison à un prix défiant toute concurrence…
… et la vie chère ?
Il faut relancer la production locale, notamment alimentaire. Nous allons favoriser les achats directs auprès des producteurs locaux, en encourageant les coopératives agricoles.
Votre mot de fin
Je ne fais pas comme certains athlètes francophones qui pensent qu'il faut juste participer. Je le fais comme les anglophones. Quand ils participent, ils viennent pour gagner.
Je suis venu pour gagner cette élection, pour apporter ma modeste contribution et nous amener tous à repenser le Gabon qui nous a été gracieusement offert à la faveur du coup de libération pour que nous marquions donc une étape dans notre évolution.
Entretien réalisé par Rudy HOMBENET ANVINGUI
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