L’UNION • Monsieur le président, un an après votre prestation de serment, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
-Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA : Je suis dans un état d’esprit de détermination absolue. Un an, c’est à la fois beaucoup et très peu. Beaucoup, parce que nous avons posé les fondations de la Ve République : une Constitution, des élections libres, un retour à l’ordre constitutionnel que personne ne peut contester. Très peu, parce que les attentes des Gabonais sont immenses et légitimes. Je ne suis ni dans l’autosatisfaction, ni dans le découragement. Je suis dans l’action. Chaque matin, je me lève avec une pensée : ce peuple m’a fait confiance pour changer son quotidien. C’est un contrat sacré, et je me dois de le respecter. Derrière les 94,85% des suffrages exprimés, il y a aussi l’expression de la détresse des Gabonais.
La révision constitutionnelle de 2024 a instauré un régime présidentiel renforcé, faisant de vous à la fois chef de l’État et chef du gouvernement. Ce nouveau rôle vous convient-il pleinement ?
-Ce n’est pas une question de convenance personnelle. C’est un choix constitutionnel validé par le peuple gabonais lors du référendum. Les Gabonais ont voté pour un Exécutif fort, responsable et lisible. Pendant des décennies, le système ancien a montré ses limites : dilution des responsabilités, conflits de compétence entre la Présidence et la Primature, lenteur dans l’exécution. Aujourd’hui, quand une décision est prise, elle est exécutée. C’est exigeant, mais c’est exactement ce dont le Gabon a besoin.
Certains estiment que la disparition du poste de Premier ministre supprime un « fusible » politique. Comment réagissez-vous ?
-Le « fusible », c’était précisément le problème. On nommait un Premier ministre pour le renvoyer quand ça allait mal, sans que rien ne change fondamentalement pour les Gabonais. Ce système déresponsabilisait tout le monde. Aujourd’hui, nous avons un vice-président du gouvernement qui coordonne l’action ministérielle, et un président qui assume.La Constitution de la Ve République a été adoptée souverainement par le peuple. Si demain les Gabonais estiment qu’il faut l’amender, les voies constitutionnelles existent. Mais je ne crois pas que le retour à un fusible soit la solution aux défis structurels du pays. Ce qu’il faut, c’est de l’efficacité, pas des écrans de fumée.
Un an après votre élection, une partie de la population exprime une désillusion. Que répondez- vous ?
-Quels sondages d’opinion ou encore quelles données statistiques avez-vous pour l’affirmer au nom du peuple ? vous prêtez un mot trop fort á l’ensemble des citoyens. Ce qui est un fait, c’est qu’il y a une certaine impatience, que je respecte et qui est légitime. Les Gabonais ont souffert pendant des décennies et ils réclament des résultats immédiats. Je les comprends profondément. Mais, nous avons hérité d’un État quasi en ruine. Plus de 7500 milliards de francs CFA de dettes à rembourser, des infrastructures abandonnées, des services publics délabrés.
Nous reconstruisons le pays à marche forcée, mais on ne répare pas en un an ce qui a été détruit en seize ans. J’ai été élu pour un mandat de 7 ans. Notre détermination á améliorer les choses se traduit par les réformes structurelles engagées, la réduction du train de vie de l’État et les nombreux investissements visibles dans divers secteurs économiques de notre pays.
Parlons de lutte contre la vie chère, M. le président. Quel bilan ? Quels sont les nouveaux leviers ?
-Soyons honnêtes. Les mesures de plafonnement ont atténué la hausse, mais elles ne l’ont pas éliminée. Le coût de la vie reste trop élevé pour beaucoup de nos concitoyens. Le problème est structurel : le Gabon importe l’essentiel de ce qu’il consomme. Tant que nous dépendrons à ce point des importations, nous serons vulnérables. L’unique solution à long terme est de produire localement. La subvention des produits de première nécessité venant de l’extérieur obère considérablement notre budget. Les nouveaux leviers sont dans la Loi des Finances rectificative 2026. Nous restaurons la TVA à 5% sur les matériaux de construction et les produits de grande consommation. Nous renforçons les contrôles de la mercuriale des prix sur le terrain. A ce sujet, les populations qui subissent doivent dénoncer à travers le numéro vert mis à leur disposition. Mais, très peu de nos compatriotes l’utilisent et continuent à subir la flambée des prix sans dénoncer les commerçants véreux.
Vous avez annoncé la création de 163 000 emplois, mais les résultats se font attendre. Quel est le nombre exact d’emplois créés à ce jour ?
-Je comprends cette impatience. Le chiffre de 163 000 emplois annoncé est sur les 7 années de mon magistère. Il intègre les emplois directs et indirects générés par l’ensemble des chantiers publics, les recrutements dans la fonction publique, les emplois dans les nouvelles unités industrielles et les programmes d’insertion. En fin mars nous étions à 58.000 emplois créés dans la Fonction publique. Les élections professionnelles qui se sont déroulées le 28 avril sur l’ensemble du territoire nationale ont pour objectif de mieux structurer le monde du travail. Il importe que nous changions de paradigme. La Fonction Publique ne peut pas absorber l’ensemble des demandeurs d’emplois. J’invite mes compatriotes à se tourner vers l’entrepreneuriat et les entreprises privées. Observez que l’un des reproches formulés par la Banque mondiale est le fait que le Gabon a un des ratios les plus élevés de fonctionnaires par habitant. Le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030 fait de l’emploi notre priorité absolue, avec un accent sur l’industrialisation, le numérique, la digitalisation et la transformation locale des matières premières.
Les Gabonais subissent encore des délestages et le stress hydrique. Qu’est-ce qui explique cette souffrance ?
-Je ne vais pas chercher d’excuses. Les délestages sont inacceptables. Point ! Les Gabonais ont le droit d’avoir de l’électricité 24 heures sur 24, et de l’eau potable dans leurs robinets. C’est le pilier numéro 1 de mon projet de société et j’en suis conscient. La SEEG fait face à un déficit de production de 60 mégawatts, des infrastructures vieillissantes, des dettes colossales envers les fournisseurs, et des détournements qui ont fait l’objet d’un audit. Nous agissons sur tous les fronts : plan d’urgence 2025-2028 pour la réhabilitation des équipements, pour atteindre une capacité de 850 mégawatts programmés avec les centrales à gaz et le barrage de Kinguelé Aval. Mais si les résultats attendus ne viennent pas assez vite, que les Gabonais comprennent qu’il faut deux ans pour la construction d’une centrale et 5 ans pour un barrage. Leurs réalisations nécessitent du temps. La patience du peuple n’est pas infinie, et je la partage. Mais, l’attitude de certains responsables est à déplorer. Aussi, la mise en place de la digitalisation est plus que jamais nécessaire. Autant de réformes à effectuer tout au long du mandat. La séparation de la gestion de l’eau et de l’électricité est ici, un impératif pour la survie de la SEEG...
Le gouvernement et ses partenaires techniques réagissent-ils comme vous le souhaitez ?
-Pas toujours. Et je le dis sans détour. J’ai demandé en Conseil des ministres que chaque responsable soit évalué non pas sur ses intentions, mais sur ses résultats. Certains ministres et certains directeurs généraux n’ont pas encore compris que la gouvernance actuelle exige une culture du résultat, 2026 est l’année de la rigueur et de la vérité. Les remaniements ne sont pas un tabou. Ce qui est un tabou, c’est l’inaction.
La transformation locale du manganèse fait partie de vos priorités. Cela ne contraste t-il pas avec les problèmes énergétiques que connaît notre pays ?
-Vous touchez au coeur du problème. On ne peut pas transformer le manganèse sans énergie fiable et abondante. C’est pourquoi le volet énergétique est inséparable de notre stratégie minière. Concrètement, nous travaillons sur la mise en service accélérée de capacités électriques dédiées dans le Haut-Ogooué, en partenariat avec des investisseurs privés. Le barrage de Kinguelé Aval et les centrales à gaz sont des éléments clés de cette équation. Parallèlement, nous étudions des solutions de PPP énergétiques spécifiquement conçues pour les zones industrielles minières. L’objectif est qu’aucun investisseur ne puisse dire : « nous ne venons pas au Gabon à cause de l’énergie.»
Soit, mais où en sommes-nous avec les négociations avec Eramet. N’y a-t-il pas un risque de fuite des investisseurs ?
-Les discussions avec Eramet et d’autres partenaires sont en cours et se déroulent dans un esprit constructif. Le Gabon ne veut pas chasser les investisseurs, il veut qu’ils investissent davantage, et ici, au Gabon. Exporter du minerai brut pour le racheter transformé à l’étranger, c’est une aberration économique que nous ne pouvons plus accepter. Mais nous sommes pragmatiques. Nous ne demanderons pas l’impossible du jour au lendemain. Nous proposons une trajectoire progressive, avec des incitations fiscales pour la transformation locale, des garanties sur l’approvisionnement énergétique et un cadre juridique stable. L’Inde a augmenté ses prix de manganèse de 17% en avril. Le monde a besoin de notre manganèse. La question n’est pas « si » les investisseurs viendront, mais « à quelles conditions ». Et ces conditions, c’est désormais le Gabon qui doit les fixer.
Depuis l’annonce d’un programme avec le FMI, sa finalisation semble accuser un retard. Qu’en est-il exactement ? Y a-t-il des préalables contraignants ?
-Il ne tarde pas : il se construit. Un accord avec le FMI, ce n’est pas un chèque qu’on signe en une semaine. C’est une négociation technique exigeante qui engage le pays pour plusieurs années. Le Gabon a officiellement demandé un programme en mars. Les discussions se poursuivent cette semaine même à Washington en marge des Réunions de printemps. Les signaux sont positifs : le spread de nos obligations est passé de 854 à 771 points de base. Y a-t-il des préalables ? Oui, il y a des conditions de rigueur budgétaire que tout programme implique. Mais, sachez que les acquis sociaux seront préservés. Nous ne signerons pas un accord qui sacrifie le peuple gabonais sur l’autel de l’orthodoxie budgétaire. Notre objectif reste un accord d’ici mai, dans le respect des principes que nous avons arrêtés.
Monsieur le président, la dette publique gabonaise avoisine les 80% du PIB. Le FMI exigerait un audit avant tout accord. Le recours au FMI n’est-il pas l’aveu d’un pays en difficulté ?
-Soyons précis sur les chiffres et honnêtes sur les mots. Oui, la dette est élevée. Mais elle ne date pas d’hier. Quand nous sommes arrivés aux responsabilités, nous avons trouvé un État qui devait à tout le monde : aux fonctionnaires, aux entreprises, aux fournisseurs, aux bailleurs internationaux. Plus de 3 142 milliards de francs CFA ont été mobilisés depuis le 30 août 2023, rien que pour honorer les engagements hérités. C’est un fardeau colossal que nous n’avons pas créé, mais que nous assumons pleinement. Et puisque vous parlez d’audit, mettons les choses au clair. L’audit de la dette, ce n’est pas le FMI qui l’a exigé. C’est moi. Lors de leur dernier passage à Libreville, j’ai personnellement demandé que nous procédions à un audit complet et rigoureux de la dette publique gabonaise. Pourquoi ? Parce que je refuse de signer un programme les yeux fermés. Quand nous sommes arrivés, on nous parlait de 7 500 milliards. Puis, en travaillant avec nos techniciens et ceux du FMI, les évaluations ont évolué. C’est précisément pour cela que j’ai voulu cet audit pour partir sur une base incontestable. Je n’ai rien à cacher. La transparence n’est pas une concession que je fais au FMI, c’est une exigence que je m’impose à moi-même. Maintenant, sur le FMI lui-même. Solliciter un programme, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de maturité économique. Les plus grandes puissances du monde travaillent avec le FMI. Ce qui serait un aveu de faiblesse, c’est de s’endetter dans l’opacité, de contracter des emprunts sans stratégie de remboursement, de laisser filer les déficits sans contrôle. Ça, c’est ce qui s’est passé pendant trente ans. Nous faisons exactement l’inverse. Notre démarche est souveraine et encadrée par quatre principes clairs : la sanctuarisation des projets prioritaires validés par le peuple ; la protection des ménages les plus vulnérables ; l’élimination des dépenses improductives ; une gestion responsable de la dette. Nous ne signerons jamais un accord qui demande aux Gabonais de se serrer la ceinture pendant que les gaspillages continuent. Et je veux être très clair sur notre stratégie. La dette n’est pas une fatalité quand on a du pétrole, du manganèse, du bois, une forêt valorisable sur les marchés carbone, et un peuple jeune et travailleur. Le problème n’a jamais été le manque de ressources. C’était le manque de gouvernance. Les marchés ne s’y trompent pas, depuis l’annonce de notre programme avec le FMI, l’écart de rendement de nos obligations souveraines est passé de 854 à 771 points de base. C’est la traduction financière d’un mot simple : la confiance. Et cette confiance, nous la consoliderons chaque jour par les actes. »
Autre réforme annoncée, l’interdiction d’importation du poulet de chair au 1er janvier 2027 . Cette échéance tient-elle toujours ?
-Nous devons être réalistes, l’interdiction ne fonctionnera que si la production locale est suffisante pour approvisionner le marché. C’est pourquoi nous accompagnons activement les aviculteurs gabonais, avec des facilités de crédit, de la formation technique et un accès facilité aux intrants. L’objectif n’est pas de créer une pénurie, mais de bâtir une filière avicole nationale autonome.
Où en est le projet de 12 000 têtes de bovins ?
-C’est un projet ambitieux qui s’inscrit dans notre stratégie de souveraineté alimentaire. La mise en production laitière et l’élevage en général demandent du temps ; un cycle de reproduction bovine, c’est 9 mois minimum. Les premiers résultats concrets en termes de production nationale de viande et de lait seront visibles dans un futur proche. Le ministère de l’Agriculture suit ce dossier de très près et avec professionnalisme.
Chantiers à l’arrêt, 7 milliards par province : les conclusions des enquêtes seront-elles publiques ?
-Oui. Les conclusions seront rendues publiques. Le CTRI a transmis les dossiers à la Justice qui appréciera ou pas les poursuites à engager. L’argent du contribuable n’est pas négociable.
Pour aborder la question de la santé, on constate une forte dégradation des conditions d’accueil dans les hôpitaux publics...
-Je le constate moi-même lors de mes déplacements. Les conditions dans certains établissements ne sont pas dignes de la République. Nous avons lancé la construction d’hôpitaux spécialisés à l’intérieur du pays pour réduire les évacuations sanitaires. Nous rénovons les plateaux techniques de Libreville et de Port-Gentil. Mais la santé ne se résume pas au bâtiment : c’est aussi la formation des personnels, la disponibilité des médicaments et la dignité de l’accueil. J’ai instruit le ministre de la Santé de mettre en place un dispositif de contrôle qualité dans tous les établissements publics. Aucun Gabonais ne devrait avoir peur d’aller à l’hôpital...
Mais, il reste que les dysfonctionnements de la CNAMGS avec les pharmacies qui refusent les prises en charge demeurent une autre préoccupation...
-La CNAMGS est un acquis social majeur que nous devons protéger et améliorer. Quand une pharmacie refuse une prise en charge, quand un hôpital ne respecte plus la convention, c’est le pacte social qui se fissure. J’ai demandé un audit complet du système de conventionnement et un plan de redressement des délais de remboursement aux prestataires. Sur ce sujet, il faut être sincère pour faire l’audit des Gabonais économiquement faibles et réajuster les différents fonds en conséquence. 600 milles contributeurs ne peuvent couvrir les prestations de 1 millions 200 milles personnes déclarées économiquement faibles. Il est temps de mettre en place le Fond 4.
M. le président, l’insécurité, les enlèvements d’enfants, la drogue dans les écoles inquietent les Gabonais. Que fait le gouvernement ?
-C’est un sujet qui me touche profondément en tant que père et en tant que Président. L’enlèvement d’un enfant, c’est ce qu’il y a de plus abject. Mais attention aussi au fake news. Souvenons-nous qu’en 2018, un compatriote a été lynché à mort, accusé d’enlèvement d’enfant alors que c’était son propre enfant qu’il venait de prendre à l’école. La circulation de drogues dans les écoles, c’est une menace pour l’avenir de notre jeunesse. Nous avons renforcé les moyens des forces de sécurité, déployé des unités spécialisées et durci les sanctions pénales. Mais la réponse ne peut pas être uniquement répressive. Nous devons aussi agir en prévention : sensibilisation dans les écoles, encadrement des quartiers vulnérables, coopération avec les familles. La sécurité des enfants au Gabon est une exigence républicaine. Je ne tolérerai aucune faiblesse sur ce terrain.
Comment réagissez-vous au débat sur le retour de la peine de mort pour les crimes rituels ? Etes-vous favorable ?
-C’est un débat légitime que les Gabonais doivent trancher eux-mêmes. J’avais évoqué la possibilité d’un référendum sur cette question, et cette option reste ouverte. La réponse aux crimes rituels doit être d’une sévérité exemplaire. Que ce soit par la peine de mort ou par la réclusion criminelle à perpétuité, aucun auteur de ces actes barbares ne doit pouvoir échapper à la justice. L’essentiel, c’est l’effectivité de la répression et la certitude de la peine. Aujourd’hui, trop de dossiers dorment dans les tiroirs. C’est cela qu’il faut d’abord changer.
Le secteur du Sport connaît aussi des difficultés : stades hors d’usage, aucune fédération n’ émerge. Quelle thérapie , selon-vous?
-Le constat est sévère mais juste. Le sport gabonais a été géré pendant des années comme un instrument politique, pas comme un vecteur de développement. Résultat : des infrastructures en ruines, des fédérations dysfonctionnelles, des athlètes abandonnés. Ma vision est de professionnaliser la gouvernance sportive, remettre en état les infrastructures majeures, à investir dans la formation des jeunes talents dès le niveau scolaire, et responsabiliser les fédérations avec des contrats d’objectifs. Le Gabon a du talent sportif. Ce qui lui manque, c’est un écosystème qui le valorise. C’est ce que nous construisons avec le concours de tout opérateur, public comme privé.
Depuis votre investiture, les Gabonais s’attendaient à une tournée républicaine de remerciement. Pourquoi un an après vous ne l’avez toujours pas effectuée ?
-Je remercie chaque jour les Gabonais. Cette expression de ma reconnaissance passe par l’accélération de la mise en place effective de mon projet de société. En me battant jour après jour pour l’amélioration de leurs conditions de vie. C’est une façon de les remercier. La tournée Républicaine a comme effet pervers qu’a son annonce les populations de Libreville viennent á l’intérieur du pays et ne donnent pas l’opportunité à ceux vivant sur place d’échanger avec moi. Voilà pourquoi j’ai opté pour des déplacements sans grand protocole, à l’exemple de ma dernière visite de terrain à Cocobeach. J’ai pu discuter avec les habitants sans protocole d’usage et les échanges ont été francs, sincères et pertinents. J’étais aussi à Makokou où j’ai pu échanger avec les populations à l’hôtel Belinga. De même lorsque je suis allé à la Lopé j’ai pu discuter avec des compatriotes sans filtre. Je reçois régulièrement des Gabonais et Gabonaises de tout bord sans médias. Il m’arrive aussi de recevoir les weekends des jeunes des quartiers de Libreville. J’ai récemment reçu certains artistes qui avaient sollicité une audience. Nous avons longuement discuté. Ils ont pu présenter leur attente et en retour, je leur ai présenté ma vision du développement culturel au Gabon. Au sortir de cette rencontre, je leur ai apporté mon soutien pour leur participation au festival de musiques urbaines en Côte d’Ivoire. C’est aussi comme ça que je procède au lieu de faire de grands meetings.
On entend des accusations très dures de l’opposition : « mal-gouvernance », « État de non-droit », « autoritarisme ». Que vous inspirent-elles ?
-Elles m’inspirent deux réflexions. La première : dans une démocratie, l’opposition a le droit de critiquer. C’est même son rôle. Je ne suis pas de ceux qui veulent faire taire les voix discordantes. La deuxième : les mots doivent avoir un sens. Parler d’« État de non-droit » dans un pays qui vient d’organiser un référendum, une élection présidentielle, des législatives, des sénatoriales et des municipales en moins de deux ans, c’est un contresens, une contre vérité. Parler d’« autoritarisme » alors que la presse publie librement, que l’opposition s’exprime et que les tribunaux fonctionnent, c’est de la rhétorique, pas de l’analyse. Les gabonais attendent des propositions de l’opposition et non des slogans. Je juge mes adversaires à leurs propositions, pas à leurs slogans. Qu’ils proposent une alternative crédible pour le Gabon. C’est ce qui fera avancer le débat.
Quel regard portez-vous sur l’UDB, votre parti, son ancrage ?
-L’UDB est un jeune parti, né d’une conviction : la politique gabonaise doit être inclusive, ancrée dans les réalités de chaque province, et tournée vers les résultats. En moins d’un an, l’UDB est devenu la première force politique du pays. C’est encourageant, mais ce n’est pas suffisant. Un parti ne vit pas que par ses élus. Il vit par ses idées, sa présence sur le terrain, sa capacité à former et à écouter. Le congrès est en préparation. Il sera l’occasion de structurer davantage le parti, de le renforcer par de l’expérience et de fixer le cap pour les années à venir. Nous devons mettre l’accent sur la discipline des militants. L’UDB est un outil inclusif au service du projet de société du Président élu.
-Une opposition tente de se structurer. Êtes-vous prêt à travailler avec elle ?
-Je suis prêt à travailler avec tous les Gabonais, hommes et femmes de bonne volonté qui ont pour ambition le développement de notre pays et l’amélioration de notre vivre-ensemble.
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