Ils s’appellent Kurt, Djamila ou Vanessa. Mais ils ne sont pas les seuls. Pour eux, les réseaux sociaux sont l’essence même de leurs activités. Tous supportent à peine les effets collatéraux de cette cessation momentanée. Et ressentent, négativement, un impact économique direct et mesurable. Traiteur, Djamila illustre parfaitement l’effet concret sur les petits entrepreneurs. Elle utilise les plateformes pour publier ses menus et informer sa clientèle. Un retard de publication a entraîné une perte de visibilité, laquelle a conduit à une absence de commandes. "Mon chiffre d’affaires s’est trouvé impacté du fait de cette rupture de communication", confie-t-elle.
Même constat chez Kurt, développeur à e-Pharma. Il a eu des difficultés à contacter les pharmacies avec lesquelles il travaille, en raison d’appels WhatsApp instables et de communications professionnelles perturbées. Preuve que les réseaux sociaux ne sont plus seulement des outils de loisir, mais de véritables infrastructures économiques informelles.
Il y a aussi Vanessa, spécialisée dans les évacuations sanitaires à l’international. Elle explique avoir utilisé un VPN pour contourner les effets de la mesure et poursuivre ses transactions à l’étranger sans interruption.
Autant de témoignages, non exhaustifs, qui montrent que Facebook, TikTok et autres WhatsApp sont devenus des maillons essentiels de l’économie locale. Quand les publications ne passent pas, quand les appels buggent, l’activité ralentit immédiatement et considérablement.
La mesure a ainsi révélé la dépendance numérique de tout un pays. Tant les réseaux servent à organiser des mariages, des funérailles ; à maintenir le lien familial, à partager l’information.
Il n’est donc pas surprenant que la restriction ait généré frustrations, isolement numérique et ralentissement des échanges sociaux.
Heureusement ou non, la population a su s’adapter en recourant massivement aux réseaux privés VPN.
Dans les faits toutefois, souligne Yannick Ebibié, directeur de la Société d’incubation numérique du Gabon (Sing), il pourrait davantage s’agir d’une baisse de débit ou d’un filtrage. "Les réseaux restent accessibles, mais difficilement", déplore-t-il.
Sachant que la décision a été motivée par la diffusion de contenus jugés "inappropriés, diffamatoires, haineux ou injurieux", M. Ebibié rappelle que la régulation est aujourd’hui une préoccupation mondiale. Qu'il faut encadrer les contenus problématiques. Mais sanctionner collectivement pour des dérives individuelles pose un problème d’équité, estiment de nombreux observateurs.
Les lois gabonaises, rappelle-t-il, existent déjà pour sanctionner les abus. Le Code pénal, le Code de la communication, les mécanismes judiciaires permettent d’attaquer les auteurs de contenus répréhensibles. Dès lors, fallait-il ralentir tout un pays pour corriger les dérives de quelques-uns ? Pourtant...!
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