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Chroniques

[Editorial] - Régulation des réseaux : fin de l'ambiguïté?

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

8 avril 2026 restera une date charnière pour le paysage médiatique gabonais. Le gouvernement a traduit en acte concret son ambition de sortir le numérique de l’ornière juridique, en publiant les ordonnances règlementant les réseaux sociaux et modifiant le Code de la Communication.

Les utilisateurs des réseaux sociaux, de plates formes numériques, que l’on identifiait comme étant des activistes, influenceurs, blogueurs, donc des "animateurs spécifiques" trouvent une reconnaissance officielle. Une main tendue perçue diversement.

Or, très concrètement, au-delà de certaines considérations, elle y consacre la volonté de mettre fin à un certain chaos, mérite d'être saluée, ne serais-ce que pour son audace. Car, exercer sa souveraineté numérique en protégeant son espace, ordonnant et le mettant au service de ses citoyens, n'est pas chose simple dans le contexte planétaire actuel. Il fallait bien, un jour, franchir le pas.

Pendant des années, les réseaux sociaux ont été le théâtre d’une parole libre, certes, mais parfois anarchique. Entre les campagnes de désinformation, les discours haineux, les dérives mercantiles, les atteintes à la vie privée, l'exposition néfaste des enfants à ces outils et son corollaire. Entre les fake news, deepfake (image et voix générées par l'IA), l'apologie du pire de certains influenceurs sans foi ni loi et même de compatriotes anonymes. L’appel à un cadre légal n’était pas qu’un voeu d’autorité, mais aussi une demande citoyenne. Aujourd'hui, ce nouvel arsenal qui donne un statut à ces nouveaux acteurs de la communication, a bien une signification. Il reconnaît leur poids dans la cité. Il admet tout aussi que le blogueur qui éclaire le débat public ou «l’influenceur» qui façonne les tendances ont autant d’impact qu’un journaliste traditionnel pourtant plus professionnel et plus crédible. En ce sens, cette réforme est une avancée majeure qui acte, on peut oser le dire, la fin du "mépris" institutionnel pour les cultures numériques.

En revanche, en les intégrant dans le giron de la Haute Autorité de la Communication, le législateur qui veut tout naturellement réguler au mieux ce secteur, doit pouvoir donner des gages nécessaires pour éviter de réduire l’influence de ces contre-pouvoirs naturels.

L’histoire récente des médias dans notre pays nous enseigne que la régulation est un exercice délicat. Entre nécessité de faire appliquer la loi et le musellement politique, la frontière a été parfois aussi fine qu’un câble de fibre optique. Et le bémol étant la liberté expression qui est garantie, malgré tout.

Le véritable défi de cette réforme ne réside donc pas dans son intention affichée, moderniser et responsabiliser, mais dans ses modalités d’application. Qui décidera de ce qu’est un "bon" animateur spécifique ? La HAC sera-t-elle un simple gendarme ou un véritable partenaire de l’écosystème numérique ? S’agit-il de protéger les citoyens des dérives du net, ou de protéger certains acteurs des dérives de la critique ? Autant de questions qui devraient trouver réponses dans les textes d'application.

Le gouvernement ouvre aujourd’hui une porte, elle ne doit pas se refermer en cage. Car si l’ambiguïté numérique a ses travers, elle a aussi un mérite immense de laisser aux voix dissidentes un espace pour exister, hors des cadres trop bien ordonnés. Entre les deux, il faut pouvoir surfer pour que notre pays façonne au mieux son modèle de démocratie numérique apaisée.

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