Dès le matin du 9 avril, l’Hôtel de Ville de Libreville était parcouru d’une atmosphère plutôt électrique. Chaque groupe politique se réunissait en aparté, chuchotements et éclats maîtrisés, pour des concertations qui semblaient définir les mots d’ordre avant même l’ouverture officielle de la session du Conseil municipal portant examen et adoption du budget primitif 2026. Si les regards se croisaient, les conseillers municipaux savaient déjà que la journée serait mouvementée, le véritable choc est tombé la nuit. Après des heures, le Conseil a rejeté en bloc le premier budget primitif de la mandature, d’un montant de 30 723 038 739 francs CFA, malgré une hausse de 20%. Une décision qui a interrompu les travaux dès le premier jour et surpris les observateurs qui s'attendaient à avoir les conclusions des travaux le 10 avril. Le budget a été jugé “irréaliste, non sincère, confus et irrégulier”.
“Il y avait tellement d’irrégularités dans celui-ci que le Conseil a préféré rejeter”, a confié un conseiller, résumant l’unanimité du malaise. Sur les 145 élus présents, 142 ont voté contre, traduisant une défiance rare au sein d’un Conseil pourtant dominé par des formations proches du pouvoir.
Malgré une augmentation de plus de 4 milliards de francs CFA, le budget des arrondissements n’a pas évolué. Ce qui, selon les élus, “ne cadre pas avec les objectifs d’un service de proximité visé par la décentralisation”. Certaines rubriques restent floues, comme celles concernant l’Inspection générale municipale (IGM), “mise à zéro comme si ce service ne fonctionnait pas alors que les inspections sont faites quotidiennement avec des amendes qui engrangent des recettes pour la municipalité”. L’autre point de discorde, le budget du cabinet du maire, passé d'environ 1,5 à plus de 3 milliards de francs CFA.
Les élus dénoncent une dérive et des disparités avec les cabinets des maires d’arrondissement, alors que “l’organigramme est identique”. “Il fallait donc que le maire annule l’arrêté de nomination de son cabinet”, a fait savoir un élu, pointant l’écart avec les arrondissements qui ne disposent que de 70 millions chacun. “Avec 70 millions, aucun arrondissement ne peut se développer”, a affirmé un élu soulignant que chaque arrondissement espérait disposer de 500 millions de francs CFA. Soit, 3 milliards pour les six arrondissements de la commune de Libreville. “Mais les 3 milliards, c’est seulement le cabinet du maire !”, s’est-il exclamé, scandalisé.
“Il y avait tellement de questions qui fâchaient et le budget était tellement mal présenté qu’on s’est dit qu’il valait mieux le rejeter et penser à un budget mieux élaboré, mieux équilibré”, a insisté le conseiller municipal, résumant le sentiment dominant.
Un revers pour le président du Conseil municipal, maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe, pourtant issu du parti majoritaire au sein de ce Conseil. Une situation d'autant plus cocasse qu'il s'agit du premier budget primitif de l'actuelle mandature. Un rejet historique, sans doute, un signal politique d'une clarté redoutable, marquant le premier désaveu institutionnel majeur pour l'exécutif actuel à l'Hôtel de Ville.
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