Il ne se passe pas un seul jour, au Gabon, sans qu'un cas de violence ne soit enregistré dans une salle de classe, une cour d'école ou aux abords d'un établissement scolaire. Bagarres, intimidations, harcèlement, introduction d'objets dangereux : le phénomène, amplifié par les réseaux sociaux, prend des proportions que les autorités éducatives ne peuvent plus ignorer. Et derrière chaque incident grave, c'est parfois un jeune élève qui bascule dans l'engrenage judiciaire.
C'est ce constat alarmant qui a poussé l'organisation non gouvernementale SOS Prisonniers à s'associer à l'Union européenne et à la direction générale des Droits de l'Homme (ministère de la Justice) pour lancer une caravane de sensibilisation itinérante dans plusieurs établissements de la capitale gabonaise. La campagne intitulée "Droits humains et violences en milieu scolaire", qui a marqué un stop au Lycée Georges Mabignath hier lundi, se déroulera jusqu'au vendredi 22 mai.
Lionnel Engonga, président de SOS Prisonniers, ne mâche pas ses mots. "Il ne se passe pas un jour sans que l'on enregistre des cas de violence dans les écoles, et cela conduit à des arrestations, voire à des emprisonnements, ce qui impacte négativement le parcours scolaire de jeunes qui auraient pu réussir", déplore-t-il. Pour lui, le message est clair : la jeunesse représente l'avenir du Gabon, et cet avenir ne peut s'écrire derrière les barreaux d'une cellule.
La campagne qui couvrira également la commune d'Akanda pour ne pas se limiter aux seuls centres urbains, repose sur des séances d'échange direct avec les élèves. Et les premières interactions se sont révélées riches d'enseignements. Loin d'être indifférents, les jeunes se sont montrés ouverts, voire soulagés de pouvoir enfin s'exprimer librement sur leurs peurs et leurs frustrations.
"Ce qui ressort avant tout, c'est que beaucoup veulent se défendre", rapporte le président de SOS Prisonniers après la journée de sensibilisation hier au lycée Mabignath. "Certains élèves sont victimes de harcèlement, de moqueries répétées. Malheureusement, ils répondent de manière disproportionnée et se retrouvent, en se défendant, dans la position de l'agresseur aux yeux de la loi." Un paradoxe douloureux que la caravane s'efforce de déconstruire, en rappelant que la légitime défense, si elle est un droit, doit impérativement rester proportionnelle à l'agression subie.
Au-delà des cas individuels, c'est la culture du silence qui préoccupe les organisateurs. Trop souvent, les victimes n'osent pas parler, de peur d'être perçues comme des "délateurs". La caravane martèle donc un message fort : "Parler n'est pas trahir, le silence aggrave le danger."
Les élèves ont été invités à alerter enseignants, surveillants, parents ou services compétents dès qu'une situation de violence se présente, qu'ils en soient témoins ou victimes. Le cadre juridique, lui aussi, a été longuement expliqué aux élèves. Au Gabon, la responsabilité pénale débute à l'âge de 13 ans. Un mineur impliqué dans une bagarre grave peut faire l'objet de poursuites judiciaires, se voir infliger une amende, purger une peine d'emprisonnement et se retrouver avec un casier judiciaire qui hypothéquera ses chances d'insertion professionnelle pour de longues années.
Pour SOS Prisonniers, cette caravane n'est qu'une première étape. L'organisation entend, à terme, pérenniser ce type d'intervention dans le calendrier scolaire national, afin que la prévention des violences et l'éducation aux droits humains ne soient plus des événements exceptionnels, mais une composante à part entière de la formation des jeunes Gabonais. Car comme le résume sobrement Lionnel Engonga : "La jeunesse, c'est l'avenir de notre pays. Et cet avenir mérite d'être protégé."
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