Aller au contenu principal
Sur le Net

"Avoir peur d’accoucher dans son propre pays, c’est une honte !"

Rudy HOMBENET ANVINGUI, journaliste à l'union

Elles entrent à la maternité pour donner la vie. Elles en ressortent sans vie. Au Gabon, le scénario se répète. Trop souvent ! Trop silencieusement.

Le décès de notre collègue, la journaliste Rudy Hombenet, survenu le jeudi 27 août sur le lit de la natalité, a profondément choqué. Sur la toile, les réactions consécutives à ce drame sont multiples.

Chaque année, des femmes meurent en couches. Dans les grands hôpitaux de Libreville comme dans les centres de santé de l’intérieur. Par hémorragie, par éclampsie, par manque de sang, par retard de prise en charge. Des morts qui n’auraient pas dû arriver.

Et la question revient , lancinante : notre personnel médical est-il vraiment à la hauteur ?

--

À Lire aussi : [Espace Santé] - Diabète gestationnel : quand le sucre joue les trouble-fêtes

--

"On nous a dit d’attendre". Les témoignages des familles se ressemblent. "Elle saignait, l’infirmière a dit que le médecin n'était pas là", "Il n’y avait pas de gynécologue de garde ce week-end", "On nous a demandé la prise en charge avant de consulter" ...

Derrière chaque drame, il y a un retard. Derrière chaque retard, il y a un manque. De moyens, de médicaments, de sang. Mais aussi, parfois, de compétence et de réactivité.

Le Gabon forme des médecins et des sages-femmes. Mais sont-ils assez nombreux ? Assez formés ? Assez encadrés ? N'ont-ils pas triché pour avoir le diplôme ? Une chose est sûre, ils se connaissent entre eux.

Trois problèmes reviennent dans toutes les enquêtes : un seul gynécologue pour plusieurs maternités. Des sages-femmes qui enchaînent 24 heures de garde. Résultat : épuisement, erreurs. Ensuite, la formation continue. La prise en charge des urgences obstétricales évolue. Mais tous les agents sont-ils recyclés ? Savent-ils tous gérer une hémorragie post-partum ou une pré-éclampsie sévère ?

Enfin, le manque de plateau technique. À quoi sert une sage-femme formée s’il n’y a ni bloc opératoire fonctionnel, ni banque de sang, ni oxygène la nuit ? L’OMS classe encore le Gabon parmi les pays à mortalité maternelle élevée en Afrique centrale. L’objectif des ODD de 2030 paraît loin.

Chaque décès maternel est pourtant considéré comme "évitable" à 90 % avec une prise en charge de qualité. Alors où est le problème ? Dans les équipements ? Dans la gouvernance ? Ou dans l’homme qui tient le stéthoscope ?

Sur les réseaux, la colère gronde à chaque nouveau drame. "Avoir peur d’accoucher dans son propre pays, c’est une honte !"

Entre accusation et défense, une vérité s’impose : tant qu’on n’évaluera pas réellement le niveau, la formation et les conditions de travail du personnel, les femmes continueront de perdre la vie en voulant la donner.

L'urgence des audits indépendants dans les maternités. Des sanctions en cas de négligence avérée. Mais aussi plus de recrutements, plus de formations, plus de moyens. Accoucher ne devrait pas être un risque dans le Gabon nouveau !

random pub

Chaine WhatsApp L'Union
Petites Annonces
EDIG
image
Logo