L'Union. Madame la présidente, la première session ordinaire du Parlement s'est ouverte le 2 mars dernier. Quel regard y portez-vous ?
-Huguette Nyana Ekoume-Awori Onanga : Je voudrais tout d’abord remercier votre journal pour l’intérêt porté à notre Chambre, mais aussi pour l’opportunité qu’il nous offre en cette double occasion de la rentrée parlementaire et de la célébration du 29e anniversaire du Sénat. Concernant la rentrée parlementaire, il s’agit effectivement de notre première. Et je dois vous dire, en toute sincérité, que nous l’avons abordée avec une certaine appréhension. Appréhension liée à la vie parlementaire dont c’est la première expérience me concernant. Appréhension liée aussi aux enjeux qui nous attendent, parlementaires de tous bords, à savoir traduire en actes législatifs la vision politique du chef de l’État ; prendre en compte les préoccupations des populations ; encourager le gouvernement à l’action grâce aux missions de contrôle et de suivi de l’action publique ; renforcer la démocratie participative en intensifiant le dialogue avec les collectivités locales, etc.
Passée cette appréhension ?
-De l'énergie, qui s’est muée en force. Et la première expérience nous permet de susciter l’adhésion de tous les sénateurs quant à la vision stratégique que nous avons portée, au nom de l’ensemble de notre Chambre. Cette rentrée coïncide avec les 29 ans du Sénat. Un regard et un moment forcément particuliers. Pour ce qui, est en effet, de la date anniversaire de notre institution, elle nous rappelle la vision éclairée des dirigeants de notre pays, notamment feu le président Omar Bongo Ondimba. En effet, la vision d’un développement harmonieux des territoires et la prise en compte des besoins des collectivités locales commandaient d’avoir un garant institutionnel de représentation de l’arrière-pays. C’est cette mission qui particularise le Sénat par rapport à l’autre Chambre du Parlement. Et je dois vous dire que la 6e législature est parfaitement en phase avec la vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Avec lui, nous voulons porter la problématique de la mise en oeuvre de la décentralisation. C’est vous dire, plus que jamais, que le Sénat s’impose comme un acteur institutionnel dont la place se justifie. Aujourd’hui, plus encore qu’hier.
Votre élection à la présidence du Sénat, le 17 décembre dernier, traduit-elle un nouveau rapport de force politique ? Quels enseignements en tirez-vous ?
-Mon élection à la tête du Sénat ne traduit rien d’autre que la volonté affichée par le président-fondateur de notre bannière politique, l’Union démocratique des bâtisseurs, de disposer d’instruments utiles à la matérialisation de sa vision politique. Comme vous le savez, le candidat Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République devenu, a scellé un contrat avec le peuple gabonais, à travers le plébiscite du programme de société qu’il leur a présenté. Il revient aux cadres et militants de son parti, élus nationaux et locaux, de se charger de l’accompagner en donnant corps à sa vision politique. L’UDB est une force au Parlement, mais nous nous inscrivons toujours dans la dynamique d’inclusivité portée par le chef de l'État. Les autres forces politiques, qui existent au sein de notre Chambre, sont des groupements avec lesquels nous devons entretenir des relations d’échanges et d’écoute pour le seul bien de notre pays et de sa population. Pour notre part, nous avons un bureau qui dessine la configuration de notre assemblée. Il nous revient de maintenir cet équilibre.
Les Gabonais attendent beaucoup de leurs élus, notamment des sénateurs. Au vu de la configuration actuelle du Sénat, n'y a-t-il pas de risque qu'ils soient déçus en percevant le Sénat comme une simple Chambre d'enregistrement ?
-La déception ne se présume pas, elle se vit et se constate. Nous ne sommes qu’au début de notre session. Il n’y a donc pas lieu d’être pessimiste. Si la population a besoin d’assurances particulières, nous voulons simplement lui dire que notre mandature repose sur cinq axes : veiller à l’opérationnalisation de la décentralisation ; promouvoir une approche légistique appropriée ; amener le gouvernement à assumer ses responsabilités ; renforcer les capacités internes du Sénat et assurer une communication ciblée. Amener le gouvernement à assumer ses responsabilités, c’est tout simplement mettre en oeuvre la mission du Sénat relative au contrôle de l’action gouvernementale. Dans le nouveau rôle du Sénat, nous allons développer des outils pour mieux asseoir ce rôle dans la mise en oeuvre de la décentralisation. Dans le même esprit, l'institution fera dorénavant le suivi et le contrôle des collectivités locales. Que les compatriotes gardent espoir car, en notre qualité de représentants du peuple et des territoires, nous sommes disposés à recevoir toutes leurs préoccupations".
Depuis plusieurs semaines, vos compatriotes expriment de fortes attentes sociales. Le Sénat compte-t-il accompagner ces revendications à travers diverses initiatives ?
-Nous tenons à louer les efforts du gouvernement tendant à renforcer le dialogue social avec toutes les parties prenantes. Nous appelons à la pérennité de cette initiative et à privilégier une approche proactive des problèmes. Car, nous dépensons plus, surtout en énergie, lorsque nous devons discuter par appoint. Pour l’instant, le Sénat dit qu’il y a un certain nombre d’initiatives qui sont prises. Il y a aussi des acteurs identifiés qui s’activent. Donnons-leur le temps de faire leur bilan, avant de nous positionner pour une énième initiative. Le seul problème que nous constatons, au stade des discussions actuelles, c’est le manque de confiance de certaines parties prenantes. C’est le lieu pour moi de leur dire que l’on ne peut négocier si nous n’avons pas de considération et de confiance réciproques. Que l'on ne laisse pas les présuppositions guider nos actions et que l'on s’en tienne aux délivrables. C’est ce qui compte.
La décentralisation a été l'un des principaux chevaux de bataille des précédentes législatures. Pour cette législature, quelles seront les priorités ?
-Effectivement, la décentralisation sera au coeur de l’activité de la 6e Législature. Nous misons nos actions plus sur la mise en oeuvre opérationnelle. L’exercice n’est pas aisé, au vu du constat des initiatives antérieures. Mais nous avons la détermination de changer d’approche, afin d’aborder autrement cette problématique. Les réflexions initiales, appuyées par les avis d’experts en la matière, nous permettent d’avoir une bonne boussole. Comme je l’ai annoncé dans mon discours, à l'ouverture de la présente session, nous allons avoir, au courant du premier semestre 2026, une rencontre entre le Sénat et les collectivités locales. Cette plateforme d’échanges sera une opportunité pour partager notre vision et susciter l’adhésion des collectivités locales. En résumé, décentralisation et développement des territoires seront au coeur des préoccupations de notre Chambre.
Pour conclure, votre message à l'endroit des sénateurs et des populations ?
-Je me suis adressé aux sénateurs lors de l’ouverture de la session. J’ai souhaité un esprit républicain et un enrichissement partagé grâce à notre diversité. J’ai rappelé la nécessité d’unir les forces et les intelligences pour le maintien du rayonnement de notre Chambre. Nous avons la chance qu'elle soit composée de personnes expérimentées et toutes restent disposées à apporter leur contribution pour la réussite de notre législature. Quant à la population, notamment de l’arrière-pays, base des collectivités locales, nous disons que le Sénat prend l’engagement de faire de la mission constitutionnelle de représentation des collectivités locales une réalité opérationnelle.
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