Certaines séquences politiques ressemblent désormais moins à de la gouvernance qu’à une mise en scène permanente. Dans ce décor agité, le parti Réappropriation du Gabon, pour son indépendance et sa reconstruction (REAGIR), offre aujourd’hui un spectacle révélateur : celui d’une formation qui promet la reconstruction nationale, mais qui peine déjà à se reconstruire elle-même, puisque divisée en deux camps. Le 14 mars, le camp Ndong Obiang a annoncé la tenue d’un congrès extraordinaire le 28 mars prochain. L’objectif affiché est ambitieux : définir un “nouveau cadre stratégique” et tracer des “orientations” claires. Les mots sont solennels, presque martiaux. Mais dans l’histoire récente de ce parti, les annonces grandiloquentes ont souvent précédé… peu de résultats.
Ce n’est, pour ainsi dire, pas la première fois depuis la crise interne, que cette branche du parti convoque les militants sous la bannière d’une refondation. En mars 2025 déjà, un congrès dit de “clarification et de refondation” avait été organisé. L’événement devait remettre REAGIR sur les rails, mais il avait surtout exacerbé les clivages, débouchant sur des sanctions disciplinaires visant Michel Ongoundou Loundah et ses proches, présentés comme le camp dissident. Un an plus tard, la crise est toujours là. Ni clarifiée, ni résolue. Elle s’est simplement installée dans la durée, transformant la vie interne du parti en un feuilleton politique dont chaque épisode promet une issue qui ne vient pas.
De quoi se demander en quoi le congrès annoncé pour le 28 mars sera-t-il différent des précédents. Produira-t-il autre chose que des photos officielles, des discours enflammés et une nouvelle déclaration de principes ? Face à cette agitation, Michel Ongoundou Loundah, ne se laisse pas impressionner par ce qu'il qualifie à la limite de vacarme médiatique. “Je leur laisse le monopole de l'illusion”, a-t-il lâché à la dérobée. Illusion ? Le mot est en tout cas lâché et il prend un relief particulier dans un contexte où la justice devrait se prononcer sur des faits de délinquance pour lesquels certains acteurs de cette crise sont poursuivis.
Ainsi, pendant que les congrès se succèdent et que les communiqués se multiplient, une autre scène, judiciaire celle-là, pourrait bien écrire le véritable dénouement. Dans cette pièce politique, la question n’est donc plus seulement de savoir qui dirige REAGIR. Elle est de savoir si ce parti est encore capable de réagir… autrement qu’en s’agitant.
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