Le nouvel édile de Libreville, Eugène Mba est sur tous les fronts. Après le combat contre les nuisances sonores, il était hier vendredi 12 juin au grand marché de Mont-Bouët, pour procéder au lancement officiel de la digitalisation des recouvrements des recettes municipales. Histoire de mettre fin au racket.
D’abord auprès de Maryam, une vendeuse des célèbres "sekida" que les femmes portent à leurs reins. Il s'empare d'un terminal, demande à la commerçante si elle dispose de 1 000 francs sur son compte mobile money et introduit son numéro de téléphone. Quelques secondes plus tard, un message demandant son code secret apparaît sur le téléphone de la vendeuse. Peu après, un ticket sort du terminal tenu par le maire. Il le brandit avant de le remettre à Maryam. La commerçante vient de payer électroniquement son droit de place au marché Mont-Bouët. Le premier paiement essai de la journée est ainsi acté.
Pour l'édile, il s'agit d'impulser une dynamique de modernisation globale. "Comme vous le savez, le chef de l'État prône la digitalisation de l'administration et donc de l'administration municipale", explique-t-il. Ajoutant que c'est là "une réforme préparée depuis plusieurs mois" et qui doit progressivement remplacer les paiements manuels par des transactions électroniques via les opérateurs de mobile money. "Des fois, ils prennent 1 000 francs sans le timbre... Le paiement électronique peut nous aider à ne pas nous bagarrer avec les agents de la mairie", lance un commerçant, qui espère voir disparaître certaines pratiques décriées depuis des années, évoquant des collectes contestées et arbitraires.
D'autres opérateurs économiques disent voir dans ce système un moyen d'obtenir systématiquement une preuve de paiement. Car chaque transaction donne lieu à l'émission d'un ticket pouvant être présenté lors des contrôles. Eugène Mba reste prudent. Il reconnaît ouvertement les attentes suscitées par cette réforme de fond. "Les commerçants se plaignent. Donc c'est certainement une réalité", admet-il à propos des accusations récurrentes de racket. Avant d'ajouter : "À travers ces prélèvements électroniques, s'il y a encore des agents véreux qui viendraient éventuellement vers eux, ils auront leur ticket (...). Je crois fermement que le racket va diminuer énormément".
Au-delà de la stricte transparence, la mairie y voit également un outil indispensable de bonne gouvernance. Tous les commerçants devraient être progressivement enregistrés au sein d'une base de données centralisée. "Tout le monde va être répertorié", assure Eugène Mba, précisant que chaque type d'activité sera identifé avec précision et va déterminer équitablement les redevances correspondantes.
Au sein de son cabinet, un tableau de bord numérique de dernière génération a été présenté aux équipes techniques. Ce système est capable de suivre instantanément les lieux d'encaissements, les paiements validés, les recettes spécifiques par régisseur ou encore l'évolution mensuelle globale des rentrées financières. C’est dans ce cadre qu'il a été admis que 266 millions de FCFA de recettes ont été générées par la régie de l'état civil depuis la mi-janvier 2026. Pour la mairie de Libreville, l'objectif structurel de ce mode de paiement est de "sécuriser l'ensemble des recettes publiques, optimiser leur traçabilité et accroître significativement les ressources propres nécessaires au financement des grands investissements municipaux".
Reste désormais à convaincre durablement les commerçants de la fiabilité de cette innovation technologique.
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