Aller au contenu principal
Société & Culture

Racket à Mont-Bouët : le grand défi du maire Eugène Mba

Marché de Mont-Bouet

À Mont-Bouët – le plus grand marché du pays –, les cris des vendeurs se mêlent aux klaxons et au brouhaha habituel des acheteurs. Mais derrière cette agitation quotidienne, un sujet revient avec insistance dans les discussions : celui des prélèvements jugés abusifs opérés sur les commerçants. Une situation qui, depuis des années, alimente les plaintes et met en lumière l’une des gangrènes, sinon l'une des plaies purulentes des plus tenaces dans les marchés de Libreville.

Réunis à l’initiative du Syndicat des débrouillards du Gabon (SDG) et de l’ONG Solidarité pour le développement du Gabon (ONG-SDG), plusieurs commerçants ont dénoncé ce qu’ils présentent comme un système de racket organisé impliquant certains agents municipaux. Selon les témoignages recueillis, les sommes réclamées dépasseraient largement les montants réglementaires.

"Les agents de la mairie prélèvent 2 000 FCFA par étal au lieu de 500 FCFA comme cela est prévu", affirme un vendeur. D’autres assurent que les montants varient en fonction de la nature des marchandises exposées. Une commerçante raconte avoir été contrainte de verser 2 000 FCFA après avoir contesté une première demande fixée à 3 000 FCFA.

Au-delà des montants exigés, les méthodes dénoncées interrogent. Plusieurs commerçants affirment ne pas recevoir systématiquement les tickets correspondant aux paiements effectués. D’autres évoquent la remise de deux tickets de 500 FCFA pour une seule place. Une pratique qu’ils assimilent à une surfacturation déguisée. Et "souvent, ils viennent prendre l’argent sans déposer les tickets", renchérit un autre commerçant.

Gênantes aux entournures, il faut dire que ces pratiques d'extorsion sont loin d’être nouvelles. Car d'une mandature municipale à une autre, les dénonciations se succèdent sans que le phénomène ne disparaisse. Preuve, dans plusieurs marchés de la capitale, les commerçants évoquent régulièrement des prélèvements informels qui viennent rogner des bénéfices déjà fragilisés par la baisse du pouvoir d’achat et la conjoncture économique.

Le problème apparaît d’autant plus complexe qu’il semble résister aux changements des maires à l'Hôtel de Ville. Tous, jusqu'à ce jour, s'étant heurtés à cette problématique sans parvenir à l’éradiquer. Du coup, entre difficultés de contrôle, réseaux bien huilés et insuffisance des mécanismes de traçabilité : le racket dans les marchés est devenu un mal chronique. Un phénomène presque insoluble. Un véritable imbroglio nébuleux, comme disait le maire André Dieudonné Berre en son temps.

Pour le nouvel édile de Libreville, Eugène Mba, le dossier s’annonce comme l’un des principaux défis de son mandat. Au-delà de la nécessité d’assainir la collecte des taxes municipales, il s’agira surtout de restaurer la confiance entre l’administration communale et les petits commerçants, qui constituent l’un des poumons de l’économie informelle.

Le SDG et l’ONG-SDG réclament désormais l’ouverture d’enquêtes afin d’identifier les auteurs de ces pratiques et d’y mettre un terme. Car pour ces organisations, mettre fin aux prélèvements illicites constitue la condition sine qua non, pour accompagner les efforts des pouvoirs publics en faveur de l’amélioration du pouvoir d’achat des populations. Gageons que cette nouvelle dénonciation marquera enfin un tournant décisif. Sinon le racket continuera de prospérer dans les allées du marché de Mont-Bouët et autres, défiant toute autorité municipale.

random pub

Face à L'Union
Multipress Gabon
Chaine WhatsApp L'Union
image
Logo