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Politique

Hermann Immongault : " Tous les objectifs n’ont pas encore été pleinement atteints et nous l’assumons avec lucidité (...)"

Hermann Immongault, vice-président du gouvernement gabonais

L'Union• Monsieur le vice-président du gouvernement, vous avez remis au chef de l'État, le 19 mai dernier, le rapport d'évaluation sur les cent jours du gouvernement. Quel regard jetez-vous sur l'action gouvernementale durant cette période ?

-Hermann Immongault : Je voudrais avant tout remercier votre Rédaction pour cette opportunité d’échange, qui permet de faire un point de manière transparente et responsable sur l’action gouvernementale au terme des cent premiers jours.

Il est important de fixer le cadre : en cent jours, il est difficile de résorber des difficultés structurelles installées depuis plusieurs décennies. Ce cap des cent jours sert avant tout à définir une méthode, impulser une dynamique et mettre en route les réformes qui doivent structurer le programme d’action du gouvernement. En effet, le président de la République nous a fixé une exigence claire : répondre aux attentes immédiates des populations tout en engageant les réformes structurelles nécessaires à la transformation du pays.

Dès les premiers jours, ce gouvernement s'est mis résolument au travail. Pour vous donner une vision globale, notre évaluation transversale a permis de constater l'initiation de 27 réformes majeures pour le pays. L'image d'ensemble fait ressortir des résultats tangibles à fort impact social, économique et réglementaire, touchant des secteurs prioritaires de notre développement. Des avancées concrètes ont déjà été enregistrées dans plusieurs secteurs prioritaires : l’eau et l’électricité avec l’accélération des investissements énergétiques, l’emploi des jeunes, la régularisation des situations administratives, le logement, la santé, l’éducation, mais également la digitalisation des services publics et les infrastructures numériques. Naturellement, tout n’est pas encore parfait. Certaines lenteurs et contre-performances ont été relevées. Mais le chef de l’État a donné des instructions fermes afin d’accélérer l’exécution des projets et renforcer davantage la culture de performance au sein de l’administration. Le bilan est donc celui d'une refondation en marche : les fondations sont posées, le cap fixé par le président de la République est clair, mais le rythme doit désormais s'accélérer en surmontant ces défis structurels.

Les populations ont du mal à cerner vos responsabilités, notamment la coordination de l'action gouvernementale. Comment s'effectue-t-elle au quotidien ?

-Notre Constitution prévoit, en son article 69 que le président de la République, est assisté d’un vice-président du gouvernement chargé d’assurer la coordination de l’action gouvernementale. À cet égard, si le président de la République fixe le cap, la coordination est la courroie de transmission qui garantit que l'ensemble avance de manière synchronisée.

Concrètement, elle consiste à suivre l’exécution des feuilles de route ministérielles, à veiller à la cohérence interministérielle dans la mise en oeuvre des politiques publiques, à présider le Conseil interministériel et à assurer le reporting auprès du chef de l'État afin de faciliter les arbitrages nécessaires.

Au-delà de cet aspect opérationnel, la coordination repose sur la traduction concrète des orientations présidentielles dans l’action quotidienne du gouvernement. L’objectif est simple : éviter le cloisonnement administratif, accélérer l’exécution des projets publics et faire en sorte que l’action de l’État soit plus efficace, plus lisible et davantage orientée vers l’impact réel sur la vie des Gabonaises et des Gabonais.

Le président de la République insiste sur la culture du résultat. Comment cette exigence se traduit-elle concrètement ?

-Effectivement, le chef de l'État a fait de la culture du résultat le fondement de l’action gouvernementale. Concrètement, cela signifie que chaque ministre, pleinement responsable de son département ministériel, est désormais évalué non plus sur les annonces ou les intentions, mais sur des résultats concrets, mesurables et perceptibles par les populations.

À cet effet, chaque membre du gouvernement a reçu une feuille de route précise, assortie d’objectifs clairs et de délais d’exécution. À travers les Conseils interministériels et les mécanismes de suivi mis en place, nous évaluons régulièrement l’état d’avancement des projets, des réformes engagées ainsi que leur impact réel sur le quotidien des Gabonaises et des Gabonais. Le chef de l’État a été particulièrement ferme sur ce point : il n’y a plus de place pour l’inaction, les lenteurs administratives ou les blocages injustifiés. La priorité est donnée aux secteurs qui touchent directement les populations, notamment l’eau, l’électricité, l’emploi, la santé, le logement, l’éducation et les services publics essentiels.

Cette exigence de résultats s’accompagne également d’une obligation de transparence et de redevabilité. Nous devons être capables de rendre compte aux populations, avec sincérité et responsabilité, de ce qui a été réalisé, de ce qui reste à accomplir et des changements concrets obtenus sur le terrain. C’est cette culture de l’efficacité, de la responsabilité et de l’impact qui guide désormais l’action gouvernementale.

Les objectifs fixés par le chef de l'État au moment de la mise en place du gouvernement ont-ils été atteints ?

-Tous les objectifs n’ont pas encore été pleinement atteints et nous l’assumons avec lucidité. Certaines réformes sont en cours de déploiement et ont nécessité des délais administratifs incompressibles. D’autres ont été confrontées à des contraintes techniques, budgétaires ou organisationnelles. Dans le domaine de l’eau et de l’énergie, des compteurs ont été réceptionnés et les capacités de production renforcées avec plus de 40 MW supplémentaires injectés dans le réseau national. Sur le plan du logement et du foncier, plus de 4 000 titres fonciers ont été établis, plus de 13 000 décisions foncières traitées et près de 1 400 logements sont actuellement en construction. La lutte contre la vie chère a également constitué une priorité majeure du gouvernement. Des mesures de régulation ont été engagées à travers la mercuriale sur 105 produits de grande consommation, accompagnées de contrôles renforcés sur les prix pratiqués. Parallèlement, la Centrale d’achat du Gabon a été mobilisée pour agir directement sur l’offre et améliorer l’accessibilité des produits essentiels pour les ménages gabonais.

Dans le secteur sanitaire, le Code de la Santé a été promulgué, 13 structures sanitaires ont été intégrées au système eGabon SNIS et plusieurs établissements hospitaliers ont été réhabilités. En matière sociale, l’extension de la couverture CNAMGS aux travailleurs indépendants ainsi que la distribution d’équipements aux personnes vulnérables traduisent cette volonté de renforcer la solidarité nationale.

Sur le plan économique, des réformes importantes ont également été engagées, notamment dans la transformation locale des ressources minières, la relance de la production nationale, les infrastructures routières ainsi que l’amélioration du climat des affaires. Plusieurs grands projets miniers et industriels ont été lancés avec, à terme, des milliers d’emplois attendus pour les Gabonaises et les Gabonais.

Parallèlement, sur la sécurité et l'emploi, nous avons procédé au recrutement de près de 10 000 personnels dans nos Forces de défense, un effort national complété par la mise en solde de 713 agents à la Fonction publique. En matière de mobilité, nous avons réhabilité 411 km de voies ferrées pour la SETRAG, dépassant de 37 % nos objectifs initiaux. Enfin, sur le volet des réformes et de la modernisation, la digitalisation progresse concrètement avec le déploiement de 1 250 QR codes marchands.

Toutefois, sur certains objectifs structurels et des infrastructures critiques, dont la matérialisation nécessite par nature plus de temps, nous accusons des retards qu'il faut assumer et corriger avec fermeté. C'est le cas notamment du chantier du terminal de l'aéroport de Libreville ou des travaux de mise aux normes des aéroports de Tchibanga, Lambaréné, Mouila et ainsi que les travaux de certains axes routiers. La trajectoire fixée par le chef de l'État est respectée, mais ce constat nous impose de maintenir notre effort avec une discipline d'exécution encore plus stricte.

Quels mécanismes de suivi et d'évaluation avez-vous mis en place pour vous assurer de la matérialisation des instructions du président de la République ?

-L'évaluation ne se décrète pas, elle s'organise et se déploie de manière proactive. Pour garantir la matérialisation stricte des instructions du président de la République, nous avons tenu à rompre avec la posture d'un simple contrôle passif ou a posteriori par la mise en place d’un véritable dispositif d' accompagnement et de veille permanente.

Concrètement, nous avons structuré nos équipes pour agir comme une véritable "Task Force" de la performance publique. Dès le lancement des activités, nous avons veillé à la définition de matrices d'impact et d'indicateurs clés de performance pour l'ensemble du gouvernement. Nous avons également mis l’accent sur l’évaluation de l’impact concret des politiques publiques. L’objectif n’est pas simplement d’annoncer des réformes, mais de vérifier sur le terrain qu’elles produisent effectivement des résultats visibles pour les populations, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de la santé, du logement, de l’éducation, de l’emploi ou encore de la vie chère.

Ce pilotage de proximité nous a permis de cartographier en temps réel l'avancement des 27 réformes majeures initiées et des 16 projets prioritaires. Nous avons conçu ce mécanisme avant tout comme un système d'alerte précoce : dès que nous détectons un ralentissement technique ou un risque de blocage, nous prenons immédiatement l'initiative de réunir les acteurs sectoriels pour opérer les arbitrages nécessaires et déployer des mesures correctives. C'est cette proactivité constante, où nous nous engageons en première ligne pour fluidifier l'action des ministères, qui permet de transformer l'évaluation en un véritable levier d'accélération de l'action publique. Enfin, le Conseil interministériel constitue un cadre privilégié pour identifier les blocages éventuels, rechercher des solutions concertées, renforcer la mutualisation des moyens et disposer d’une vision d’ensemble de l’état d’avancement des chantiers gouvernementaux.

Que peut-on retenir des évaluations de la feuille de route des membres du gouvernement que vous avez engagées ?

-Plusieurs enseignements peuvent être tirés. Sur le plan réglementaire, un important chantier d’alignement des textes à la nouvelle Constitution est en cours. Sur le plan opérationnel, plusieurs avancées concrètes ont été enregistrées avec des effets directs ou indirects sur la vie de nos compatriotes.

On peut notamment citer l’opérationnalisation du Fonds IV destiné à la sécurité sociale des travailleurs indépendants, l’extension du projet "Un hôpital, un scanner," l’opérationnalisation de la Centrale d’achats, la régularisation administrative de près de 6 000 agents publics, la production de plus de 4 000 titres fonciers, l’apurement de créances dues aux établissements d’enseignement supérieur privés et le paiement des bourses scolaires.

On peut en effet noter une accélération de l’action publique dans les secteurs à fort impact social. Dans le domaine de l’eau et de l’énergie, 16 forages ont été réalisés sur le territoire national, permettant un apport supplémentaire de 390 m³/h sur le réseau d’eau, tandis que plus de 40 MW supplémentaires ont été injectés dans le réseau électrique national.

Retrouvez la suite de cette interview sur le E-Kiosque : https://www.e-kiosque-sodipresse.com/fr/module/productdetail/detail?article=l-union-04-05-2026&ws=5970

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