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Société & Culture

Jacqueline Ilogue-Bignoumba : "Les syndicats non représentatifs disparaîtront de la table des négociations"

Jacqueline Ilogue-Bignoumba, ministre du Travail, du Plein-Emploi, du Dialogue social et de l'Insertion professionnelle

L'Union. Madame la ministre, vous avez décidé de reporter les élections professionnelles au 28 avril. Qu'est-ce qui a motivé ce report ?

-Jacqueline Ilogue-Bignoumba : Merci. Nous avions eu une rencontre avec les membres du gouvernement en charge de ces élections et les Confédérations syndicales. Au cours de cette réunion, nous nous sommes rendu compte qu'il y a des spécificités dans certains ministères que nous n'avions pas prises en compte ou sur lesquelles nous n'avions pas eu un retour complet. Nous avons programmé une réunion pour peaufiner tout cela. Mais elle n'a pas eu les effets escomptés. C'est donc pour ne pas aller vers des élections qui seraient contestées et tenir compte de toutes ces spécificités que nous avons décidé de reporter d'une semaine ce scrutin. Ces élections sont une demande du chef de l'État, chef du gouvernement et de l'Organisation internationale du travail, car le Gabon était en difficulté sur la question du dialogue social.

Certains syndicats dénonçaient un calendrier trop serré. Leur pression a-t-elle pesé dans votre décision ?

-Non, pas du tout ! Les syndicats ont été informés depuis février 2026, et même depuis 2024 ou 2025. Nous n'avons donc cédé à aucune pression. Il était juste normal que nous décalions pour prendre en compte les spécificités que nous ne maîtrisions pas suffisamment.

Les centrales syndicales demandent à nouveau un report. Qu'en pensez-vous ?

-Il n'y aura pas d'autre report possible. Ces élections ont été annoncées lors des voeux au chef de l'État. Elles sont sur ma feuille de route depuis le 5 janvier. Tous les syndicats ont été informés début février. Nous avons tenu des réunions avec le secteur public et le secteur privé. La date initiale devait être fin février, mais nous avons expliqué que dans le cadre du dialogue social, cela ne pouvait pas se faire en un mois. Le délai a été prolongé jusqu'à fin mars, puis jusqu'au 22 avril, et maintenant pour le mardi 28 du mois. Il n'est plus possible de reculer une nouvelle fois.

Plusieurs organisations affirment que ce processus risque de restreindre la liberté syndicale et de favoriser une sélection administrative des syndicats. Que leur répondez-vous ?

-Le dialogue social n'est pas là pour restreindre la liberté syndicale. Tout au contraire ! La problématique réelle, c'est qu'au Gabon, comme dans beaucoup de pays africains francophones, on peut se lever le matin avec quelques personnes et créer un syndicat en disant qu'il représente un secteur. Il faut qu'on arrête çà et qu'on réorganise les choses. Il ne s'agit pas de fourvoyer les syndicats existants, mais de construire, de donner un caractère beaucoup plus légitime à l'action syndicale. Les syndicats eux-mêmes sont demandeurs de ces élections. Il y en a qui parlent beaucoup, et d'autres qui ne parlent pas mais qui sont réellement représentatifs parce qu'ils ont des travailleurs derrière eux. Il est temps de savoir qui est qui.

Et quelles garanties aujourd'hui qu'il n'y aura pas une éventuelle mainmise de l'État sur le paysage syndical ? 

-Le Gabon est respectueux des conventions internationales. Nous ne pouvons pas faire de dictature dans le dialogue social. Le dialogue suppose deux parties. Maintenant, ce qui est vrai, c'est que ces élections vont éliminer un certain nombre de syndicats.

Donc ces élections vont faire disparaître certains syndicats ?

-Je précise qu'ils disparaîtront de la table des négociations s'ils ne sont pas représentatifs. Mais ils auront le temps de se reconstruire, de se réorganiser et de revenir dans trois ans.

Au-delà de l'organisation, quel est l'objectif réel de ces élections : assainir le paysage syndical ou en réduire le nombre ?

-Si vous avez des syndicats qui arrivent avec très peu d'électeurs, ils ne pourront pas être à la table des négociations. Prenons le cas du secteur public. Chacun prétend représenter la base, mais la base elle-même dit parfois ne pas les reconnaître. Il faut que ça soit maintenant les travailleurs qui désignent leurs représentants. Donc oui, on va assainir.

Quels sont les critères pour être candidat ?

-Pour participer, il faut déjà être un syndicat légalement reconnu, avec tous les documents requis. Le deuxième critère, c'est d'appartenir à un corps de métier ou à un ministère sectoriel. À partir de ce moment, vous pouvez être candidat.

Après ces élections, que deviendront les syndicats ou confédérations qui ne seront pas reconnus comme représentatifs ?

-Ils ne participeront pas aux négociations. Mais ils peuvent se reconstruire, faire des campagnes, proposer des actions et revenir dans trois ans comme je disais plus haut. Il n'est pas question pour nous de faire disparaître un syndicat légalement constitué.

Qui pourra voter à ces élections, comment votera-t-on, où aura lieu le scrutin et combien de bureaux de vote y aura-t-il par secteur ?

-Dans le privé, ce sont les salariés de l’entreprise. Le fichier électoral est celui détenu par la direction des Ressources humaines. Tout salarié ayant au moins 6 mois de présence continue, qu'il soit en CDI ou en CDD est électeur. Dans le public, chaque ministère dispose du fichier de ses agents, y compris en province. Ce n'est pas un nouveau fichier. Le vote se fait sur les lieux du travail, avec urne, isoloir, listes affichées et dépouillement le jour même. S'agissant des bureaux de vote dans le privé, cela dépend du nombre d'entreprises. Dans le public, environ 140 bureaux sont identifiés, mais il y en aura davantage avec la décentralisation.

Qui est chargé de la supervision du scrutin dans chaque administration ?

-Il y a une Commission nationale, des Commissions provinciales et départementales, et des bureaux de vote tripartites avec des représentants des travailleurs et de l'administration.

Et pourquoi certaines catégories de travailleurs, notamment la main-d'oeuvre non permanente, pourraient être exclues ?

-La main-d'oeuvre non permanente n'est pas exclue. Celle inscrite et rémunérée par le budget vote dans les ministères où elle est affectée. Celle sous contrat est prise en compte via les syndicats qui la représentent.

Est-ce qu'il y aura des observateurs ?

-Nous ne sommes pas dans des élections politiques. Ici, les observateurs ce sont les travailleurs eux-mêmes, leurs représentants syndicaux, l'employeur, l'administration. Les syndicats peuvent être présents dans les bureaux de vote. Les travailleurs peuvent désigner des collègues pour observer.

Comment allez-vous garantir la transparence du dépouillement et la crédibilité des résultats dans un contexte déjà marqué par la méfiance ?

-Cette méfiance (petit instant de silence)… Il faut qu'on arrête dans notre pays. On se méfie de tout ou presque. J'ai tout entendu. On parle de museler les syndicats, de passage en force… Il faut arrêter cette suspicion et apprendre à se faire confiance. Les procès-verbaux seront établis bureau par bureau, en présence de toutes les parties et chaque partie aura copie des procès-verbaux. D'où viendrait alors le manque de transparence ?

Est-ce que tout est fin prêt aujourd'hui ou y a-t-il un risque de report ?

-Non, il n'y a aucun risque de report. Les élections auront lieu le 28 avril 2026 pour le premier tour, et le 4 mai pour le second. Ce sont les premières élections professionnelles. Elles ne seront pas parfaites, la perfection n'étant pas de ce monde, mais tout est fait pour qu'elles se déroulent le mieux possible.

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