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Politique

Transport : la CNT peut-elle éviter les erreurs du passé ?

Bus de la Compagnie nationale de transport (CNT)

Cent bus déjà acquis, une nouvelle société appelée à entrer en activité et la promesse d'un nouveau départ pour le transport public. À travers la Compagnie nationale de transport (CNT), issue de la fusion de la Sogatra et de Trans'Urb, les autorités entendent tourner la page des difficultés qui ont longtemps affecté le secteur. L’ambition affichée est de bâtir un opérateur plus performant et financièrement viable. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a d'ailleurs donné le ton, lundi, face aux parlementaires dans son discours sur l'état de la Nation en affirmant que " nous devrons mettre fin à la gratuité ".

En effet, cette orientation traduit la volonté de réduire progressivement la dépendance du transport public aux subventions de l’État. Mais la future compagnie hérite d'un passif lourd. En 2024, la Sogatra ne disposait plus que d'une vingtaine de bus opérationnels alors que ses besoins étaient estimés à près de 300 véhicules supplémentaires. L'entreprise comptait également près de 800 agents, dont plusieurs centaines sans affectation précise, tandis que l'État continuait de soutenir financièrement le secteur.

De son côté, Trans'Urb a progressivement vu son parc se dégrader au point que la majorité de ses bus se retrouvent immobilisés quelques années seulement après leur mise en circulation. Face à ce constat, les 100 bus annoncés suffiront-ils à répondre aux besoins croissants de la population ? La fusion de deux structures en difficulté permettra-t-elle réellement de créer un opérateur plus efficace ? Les autorités ont-elles prévu un mécanisme de maintenance capable d'éviter que ces nouveaux véhicules ne connaissent le même sort que ceux de leurs prédécesseurs ? La question de la tarification apparaît tout aussi sensible. Si la gratuité est appelée à disparaître, quel sera le coût réel du transport pour les usagers ? Dans un contexte marqué par les tensions sur le pouvoir d'achat, de nombreux Gabonais peinent déjà à supporter certaines dépenses quotidiennes. Des abonnements mensuels ou des tarifs préférentiels seront-ils proposés pour les élèves, les étudiants ou les travailleurs, comme cela se fait dans plusieurs pays ? L'autre inconnue concerne les subventions. Jusqu'où l'État compte-t-il se désengager ?

La CNT pourra-t-elle assurer seule ses charges d'exploitation, l'entretien de son parc et son renouvellement futur sans répercuter l'ensemble des coûts sur les voyageurs ? Après les expériences de la Sogatra et de Trans'Urb, les Gabonais attendent davantage qu'un changement de sigle. Ils attendent des bus disponibles, des horaires respectés et un service accessible. La véritable question reste donc posée : la CNT pourra-t-elle éviter les erreurs du passé ou finira-t-elle, à son tour, confrontée aux mêmes difficultés qui ont fragilisé ses devancières ?

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