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Sport

Jacques Obame Essono : "La formation des cadres est l’un des chantiers prioritaires de notre mandat"

Jacques Obame Essono, président de la Fédération gabonaise d’athlétisme (FAG)

L'Union . Monsieur le président, vous avez remplacé le président Taty à la tête de la Fédération gabonaise d’athlétisme. Dans quel état avez-vous trouvé l’athlétisme gabonais ?

-Jacques Obame Essono : Je tiens tout d’abord à saluer le travail accompli par le président Mathieu Taty que j'accompagnais en tant que vice-président. Une transition à la tête d’une fédération doit être l’occasion de préserver les acquis, d’identifier les difficultés et de construire de nouvelles perspectives. Nous prenons nos responsabilités dans un contexte qui exige une véritable relance de l’athlétisme gabonais. Les défis sont nombreux : l’irrégularité des compétitions, l’insuffisance des infrastructures adaptées, le renforcement de l’encadrement technique, la fidélisation de nos talents et, surtout, la mobilisation des ressources f inancières nécessaires au développement de notre discipline. Notre ambition n’est pas de nous installer dans le constat. Nous voulons passer progressivement d’un athlétisme confronté à des difficultés d’organisation à un athlétisme mieux structuré, plus compétitif et davantage présent sur l’ensemble du territoire national. Cette responsabilité est collective. Elle concerne la fédération, les ligues provinciales, les clubs, les entraîneurs, les athlètes, les pouvoirs publics et les partenaires privés.

Le calendrier national est souvent pointé du doigt pour son irrégularité. Concrètement, à quoi ressemblera la saison 2026-2027 ?

-La saison 2026-2027 doit marquer une étape importante dans la structuration de notre calendrier national. Nous avons voulu proposer une programmation plus cohérente, articulée autour de trois grandes activités : le Cross national, les Championnats de zones et le Championnat national. Le Cross national permettra de relancer la pratique compétitive autour d’une épreuve accessible et exigeante. Les Championnats de zones donneront davantage de responsabilités aux structures provinciales et permettront aux athlètes de se mesurer à leurs homologues dans leurs espaces de compétition respectifs. Enfin, le Championnat national réunira les meilleurs athlètes issus des différentes provinces afin de consacrer les meilleurs de la saison et de donner une visibilité nationale aux talents qui émergent dans nos territoires. Nous avons déjà finalisé le cahier des charges de ces activités. Nous sommes désormais à la recherche des financements nécessaires à leur mise en oeuvre.

Le Gabon ne dispose toujours pas de piste homologuée par World Athletics. Où en sont les discussions avec le ministère des Sports pour la réhabilitation de la piste de l’INJS ?

-Le dossier de réhabilitation de la piste de l’INJS n’est pas nouveau. Il avait déjà été introduit auprès du ministère chargé des Sports sous la présidence de Mathieu Taty, et un début de traitement avait été engagé. Aujourd’hui, en ma qualité de président de la Fédération gabonaise d’athlétisme, j’attends d’être reçu par les autorités compétentes du ministère afin que nous puissions faire un bilan d’étape, évaluer le niveau d’avancement du dossier et identifier les prochaines étapes nécessaires à sa concrétisation. Pour nous, cette infrastructure est stratégique. Nous ne pouvons pas prétendre développer un athlétisme de haut niveau sans disposer d’équipements adaptés, répondant aux exigences techniques internationales. La réhabilitation de cette piste représente donc un enjeu majeur, tant pour la préparation de nos athlètes que pour la capacité du Gabon à accueillir des compétitions de référence.

On constate un exode de nos jeunes talents vers le Cameroun, le Sénégal ou la France. Quelle est votre stratégie pour les retenir ?

-Il faut d’abord comprendre que lorsqu’un jeune athlète part à l’étranger, il recherche généralement de meilleures conditions d’entraînement, un encadrement technique plus poussé, des compétitions plus régulières ou des perspectives d’études et de carrière. Notre ambition ne peut pas consister à empêcher nos jeunes de saisir des opportunités. Elle doit être de leur donner, au Gabon, des raisons de rester, de progresser et de représenter fièrement leur pays. Depuis 2022, la Fédération gabonaise d’athlétisme mène des opérations de détection des jeunes talents en milieu scolaire. Nous avons déjà couvert la province de l’Estuaire, notamment Libreville et Ntoum, ainsi que les provinces du Moyen-Ogooué, de la Ngounié et de la Nyanga. Les prochaines étapes concernent le Woleu-Ntem, l’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué. Cette démarche traduit notre volonté d’aller vers les jeunes, de repérer les talents là où ils se trouvent et de donner à chaque province la possibilité de contribuer au développement de l’athlétisme national.

Comment se porte actuellement notre élite ? Sur qui peut-on compter pour porter les couleurs du Gabon lors des prochaines échéances continentales ?

Notre élite constitue un patrimoine sportif que nous devons préserver et valoriser. Nous disposons d’athlètes capables de défendre les couleurs du Gabon, mais nous devons éviter de fonder nos ambitions uniquement sur quelques individualités. La performance durable suppose un collectif, un encadrement et un programme de préparation cohérent. Notre priorité est de procéder à une évaluation rigoureuse du niveau de nos athlètes, de leurs performances récentes, de leur progression et de leur capacité à répondre aux exigences des prochaines compétitions continentales et internationales. Nous voulons renforcer le suivi des meilleurs potentiels, établir des critères objectifs de sélection et travailler avec les entraîneurs pour identifier les athlètes à accompagner en priorité. Je ne souhaite pas avancer des noms sans m’appuyer sur un bilan actualisé des performances et de l’état de préparation de chacun. Ce que je peux affirmer, c’est que la Fédération entend créer les conditions pour que les meilleurs talents gabonais disposent d’une véritable perspective de progression et puissent représenter dignement notre pays.

La formation des cadres reste un maillon faible. Combien d’entraîneurs diplômés compte le Gabon aujourd’hui et que faites-vous pour former la relève ?

-La formation des cadres est l’un des chantiers prioritaires de notre mandat. Nous ne pouvons pas développer durablement la pratique de l’athlétisme si nous ne disposons pas d’entraîneurs compétents, d’officiels techniques qualifiés et de dirigeants capables de faire fonctionner correctement nos structures. Concernant le nombre exact d’entraîneurs diplômés, nous devons nous appuyer sur un recensement national actualisé, distinguant les qualifications obtenues, les niveaux de certification, les disciplines d’intervention et les cadres effectivement actifs. Je préfère ne pas avancer un chiffre qui ne serait pas vérifié.

Financièrement, la fédération est en difficulté. Comment fonctionnez-vous aujourd’hui et quelle est la part de la subvention de l’État ?

-Il faut rappeler un fait important : le dernier financement de l’État dont a bénéficié la Fédération gabonaise d’athlétisme remonte à 2022, à l’époque où M. Franck Nguema était ministre chargé des Sports. La Fédération avait alors été déclarée éligible au financement public au regard des critères établis à cette période. Depuis lors, nous n’avons plus bénéficié de financement de l’État. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus général qui touche les fédérations sportives nationales, au-delà du football, qui bénéficie d’un accompagnement public plus important. Elle pose une véritable question de politique publique : comment assurer le développement équilibré des différentes disciplines sportives lorsque les ressources nécessaires à leur fonctionnement et à leurs compétitions ne sont pas disponibles. Nous estimons que les pouvoirs publics doivent réfléchir à la mise en place de politiques publiques claires, prévisibles et équitables pour encourager le financement des disciplines sportives, notamment à travers des mécanismes incitatifs en faveur des entreprises qui investissent dans le sport au titre de leur responsabilité sociétale, la RSE.

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