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Économie

Alain-Claude Kouakoua : "Le Gabon Economic Forum traduit l’importance accordée au dialogue avec le secteur privé"

Alain Claude Kouakoua, président de la FEG

L’Union• La deuxième édition du Gabon Economic Forum débute samedi prochain. Qu'est-ce que vous en attendez ?

-Alain-Claude Kouakoua : J’en attends d’abord une mobilisation forte et utile de l’ensemble des acteurs : entreprises, pouvoirs publics, institutions financières, partenaires techniques et financiers, experts et parlementaires. Le Gabon Economic Forum ne doit pas être un forum de plus. Il doit être un moment de vérité sur les contraintes qui freinent nos entreprises, mais surtout un moment de propositions et de décisions. Nous voulons que les échanges débouchent sur des recommandations précises, réalisables, assorties de priorités et d’un mécanisme de suivi. La présence du chef de l’État, à la clôture du Forum, donne à cette rencontre une portée particulière. Elle traduit l’importance accordée au dialogue avec le secteur privé et doit nous obliger collectivement à être à la hauteur.

Quels points seront mis en avant durant cet événement ?

-Le thème de cette édition est clair : " Des entreprises fortes pour une croissance durable et une prospérité partagée ". Nous aborderons les sujets qui conditionnent directement la capacité des entreprises à investir, produire, recruter et grandir : l’accès au financement, la commande publique, le contenu local, la fiscalité, les délais de paiement, la compétitivité, la digitalisation, la formation, la logistique, l’industrialisation et l’amélioration du climat des affaires. Mais notre ambition n’est pas d’additionner les diagnostics. Chaque atelier devra faire émerger des solutions concrètes : ce qui doit être fait, par qui, dans quel délai et selon quelles modalités de suivi.

Comment cette édition pourrait elle servir de tremplin pour les petites et moyennes entreprises que vous défendez ?

-Les PME et les PMI doivent être au coeur de notre stratégie économique. Elles ne peuvent pas rester à la périphérie des grands projets, des marchés publics, du financement ou de la sous-traitance. Le Forum doit permettre de faire avancer une exigence simple : lorsqu’un grand marché est attribué, les entreprises gabonaises, notamment les PME et PMI, doivent pouvoir y trouver une place réelle, à travers des mécanismes de sous-traitance, de co-traitance, de transfert de compétences et de contenu local. Cela suppose aussi un meilleur accès au crédit, aux garanties, à l’information économique, à la commande publique et aux dispositifs d’accompagnement. Une économie forte n’est pas une économie où quelques entreprises réussissent seules, c’est une économie où les grandes entreprises entraînent un tissu dense de PME capables de se développer avec elles.

La première édition du Gabon Economic Forum s'est tenue les 7 et 8 juillet 2025. Sa feuille de route proposait la révision du Code des marchés publics, la publication régulière de données économiques fiables et des réformes ciblées dans les entreprises publiques stratégiques. Existe-t-il un tableau de bord des engagements tenus ou la FEG se présente-t-elle à ce nouveau rendez-vous sans bilan de la session précédente ?

-La FEG ne se présente pas sans bilan. Elle se présente, au contraire, avec un fil tenu entre les deux éditions. Plusieurs constats du rapport 2025 ont été repris et sont aujourd’hui en chantier. Sur la commande publique, la réservation des petits marchés aux PME gabonaises est entrée en vigueur, et nous proposons désormais le relèvement du seuil et un guichet unique d’agrément. Sur les données économiques, l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage, restituée en avril 2026, fournit enfin une base chiffrée fiable. Sur les entreprises publiques, des réformes structurantes sont engagées, de la transformation de la CPPF en investisseur institutionnel à la réorganisation de la SEEG. C’est dans ce cadre que la FEG a saisi le vice-président du gouvernement le 14 avril 2026, et obtenu la relance, en juin, du Haut conseil pour l’investissement dont les conclusions portent sur la mise en oeuvre de huit feuilles de route opérationnelles. Je reconnais volontiers qu’un tableau de bord formel et public des engagements nous manquait : c’est précisément l’un des livrables de cette édition. Le GEF 2026 institue un mécanisme de suivi et d’évaluation permettant de mesurer, d’une édition à l’autre, les progrès accomplis.

Comment la FEG entend-elle garantir que cette deuxième édition ne soit pas une répétition des mêmes constats et des mêmes recommandations ?

-En changeant de méthode. Nous ne voulons pas produire un document supplémentaire qui serait rangé dans un tiroir. Les recommandations devront être limitées, hiérarchisées et opérationnelles. Elles seront consolidées dans une Déclaration de Libreville du secteur privé et dans une feuille de route de suivi. La FEG proposera que ce suivi soit organisé dans un cadre régulier avec les pouvoirs publics, avec un point d’étape semestriel sur les engagements retenus. L’objectif est simple : passer du constat à l’exécution, puis de l’exécution à l’évaluation.

Vous êtes à la tête de la Fédération des entreprises du Gabon depuis la mi-juin. Qui est réellement l'homme désormais aux commandes de cette entité ?

-Je suis avant tout un chef d’entreprise, attaché à la création de valeur, à l’emploi et à la responsabilité économique. Je connais les exigences de l’investissement, les difficultés du terrain, les contraintes de trésorerie, la nécessité de respecter ses engagements et l’importance de construire dans la durée. À la tête de la FEG, je ne viens pas défendre une vision personnelle. Je viens servir une ambition collective : faire de la Fédération une organisation plus proche de ses membres, plus ouverte aux PME, plus présente sur le territoire et plus influente dans le dialogue économique national. La FEG doit être une force de proposition exigeante, mais aussi un partenaire responsable. Notre rôle n’est pas de nous substituer à l’État, il est de dire clairement ce qui bloque, de proposer des solutions crédibles et de contribuer à leur mise en oeuvre.

Vous étiez l'unique candidat à cette élection. Est-ce le signe d'une parfaite confiance de vos pairs ou celui d'un secteur privé qui n'ose pas encore débattre ouvertement de sa propre gouvernance ?

-Je ne crois pas qu’il faille opposer confiance et débat. Une candidature unique ne signifie pas absence de diversité d’opinions. Elle peut aussi traduire une volonté de rassemblement autour d’une orientation et d’une responsabilité. La FEG est composée d’entreprises aux réalités, aux secteurs et aux attentes parfois très différents. Le débat existe et il doit continuer d’exister. C’est même une condition de vitalité de notre organisation. Ce qui compte désormais, c’est de transformer cette confiance en résultats. Les membres de la FEG ne nous demandent pas des discours, ils attendent une organisation plus utile, plus accessible et plus efficace dans la défense de leurs intérêts légitimes.

Vos dernières déclarations laissent entrevoir une volonté de rendre la FEG plus influente dans les décisions économiques. A-t-elle réellement la capacité d'influer sur les choix du gouvernement ou s'agit-il d'une simple stratégie de communication ?

-L’influence ne se décrète pas. Elle se construit par la qualité des analyses, la pertinence des propositions, la représentativité de l’organisation et la constance dans le dialogue. La FEG ne prétend pas décider à la place du gouvernement. Les choix publics relèvent des institutions de la République. En revanche, la FEG a le devoir de porter la réalité des entreprises dans le débat public : celle de l’investissement, de l’emploi, de la production, des charges, des délais, des procédures et de la compétitivité. Si nos propositions sont solides, documentées et utiles à l’intérêt général, elles doivent pouvoir éclairer la décision publique. C’est cela, notre ambition : non pas une influence de communication, mais une influence de travail, de crédibilité et de résultats.

Quel est, aujourd'hui, le poids réel de la FEG dans le tissu économique national ?

-La FEG fédère plus de mille entreprises, qui contribuent à près de 80 % de la richesse nationale et concentrent près de 90 % de l’emploi formel du secteur privé. C’est, à l’échelle du pays, l’organisation patronale de référence et l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics sur les questions économiques. Mais je veux être lucide : ce poids mesure une contribution économique, portée pour une large part par de grandes entreprises structurées. Il ne dit pas encore toute la diversité du tissu productif gabonais, où dominent en nombre les PME, les très petites entreprises et un secteur informel considérable. Le poids économique est donc réel, la représentativité, elle, doit encore être approfondie. C’est tout le sens du mandat qui m’a été confié.

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