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Chroniques

[Tribune des partis politiques] - Alternance politique, cette belle ritournelle

Alix-Ida MUSSAVU-KOMBILA , journaliste à L'Union

Alors que le front social s’agite, l’expression “alternancepolitique” revient comme une ritournelle dans la bouche des responsables politiques. Le terrain semble, à tout le moins, propice à ce discours. Ensemble pour le Gabon (EPG), et en particulier son président Alain-Claude BilieBy-Nze, s’en fait aujourd’hui le porte-voix. “Nous travaillons à réunir les conditions de la vraie alternance gabonaise qui n’a jamais eu lieu. L’alternance aura lieu dans notre pays et j’y travaillerai. J’entends les gens dire qu’il n’y a pas d’opposition au Gabon, mais l’opposition est là, je suis là”, a-t-il déclaré lors de ses vœux à la presse.

Près d’un an seulement après la présidentielle de 2025, il affirme la nécessité d’un changement au sommet de l’État. Un discours devenu presque routinier dans l’espace politique africain, où l’alternance est érigée en marqueur de bonne santé démocratique et en promesse de renouveau politique et social. Pourtant, ici, cette posture ne manque pas de susciter interrogations et réserves.

Bilie-By-Nze a longtemps incarné une classe politique associée à près d’un demi-siècle de gouvernance du régime déchu. Même si pour lui on peut parler de deux décenies, il fut l’un de ses visages les plus visibles et les plus actifs, et déclarait encore avant la déchéance, n’avoir aucune intention de “passer le relais” à ceux qui dénonçaient, depuis des années, une démocratie confisquée. Sans aller jusqu’à affirmer qu’il brouille volontairement le message qu’il dit pourtant clair, sa prise de position soulève une question : peut-on se poser en penseur, voire en garant de l’alternance, lorsque l’on a été partie prenante d’un système largement perçu comme ayant empêché toute alternance véritable ?

Certains veulent y croire, rappelant que l’histoire politique regorge d’exemples de conversions tardives mais sincères. D’autres, y voient une forme d’indécence : celle de voir ceux qui ont longtemps bénéficié d’un ordre politique verrouillé se muer aujourd’hui en arbitres autoproclamés de la démocratie. Bien sûr, le débat sur l’avenir politique du Gabon est légitime. Le pays traverse un moment charnière, où le nouveau paysage institutionnel issu de la Transition suscite de nombreuses interrogations quant à sa portée réelle. Mais l’alternance ne saurait se réduire à une simple reconversion des mêmes acteurs sous de nouveaux habits. Sans rupture réelle avec les pratiques du passé, elle risque de demeurer ce qu’elle est trop souvent : une belle ritournelle.

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