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Société & Culture

Santé :  l’Afrique sommée de trouver de nouveaux financements

Stéphanie Tchiombiano Maîtresse de Conférence Associée Département de Science politique Université Paris 1 et Ida Rose Ndione  Directrice Régionale des programmes  Amref Health Africa, West Africa

Les financements en matière de santé se font rares. En cause, la réduction progressive des appuis extérieurs dont dépendaient de nombreux pays africains. Alors comment faire ? Comment s'adapter à cette nouvelle donne ? C’est pour apporter des pistes de réflexion à ces questions que le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a récemment organisé un webinaire sur le thème : « Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale, quels enjeux pour l’Afrique ? ». Un rendez-vous d'urgence face à l'effondrement de l'aide publique internationale.
Le constat dressé par Stéphanie Tchiombiano, chercheuse à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est sans appel. Nous assistons à une « reconfiguration des rapports de pouvoir aujourd’hui et de fragilisation du multilatéralisme ». Ce déclin, accentué par la suspension des financements américains, ébranle des piliers comme le Fonds mondial ou Gavi. L'Afrique doit pourtant faire face à des besoins croissants, portés par les crises climatiques et une démographie galopante où le continent pèsera 37 % de la population mondiale d’ici 2100.


Face à ce péril, l’heure est à la refonte structurelle. Pour Ida Rose Ndione, directrice régionale d’Amref Health Africa, les pays africains doivent impérativement « s’adapter et ajuster leurs priorités et leurs stratégies ». Le Sénégal par exemple esquisse déjà une trajectoire avec son agenda « Sénégal 2050 » et sa nouvelle lettre politique sectorielle, visant à sanctuariser les soins de santé primaires qui représentent 80 % de la couverture.
La véritable urgence est de soulager le portefeuille des populations. Actuellement, le retrait des bailleurs crée une situation critique où « la moitié des dépenses de santé sont supportées par les ménages ». Au Sénégal toujours, cette charge directe atteint 45 %, alors que l’État n'investit que 21,6 % et que le secteur privé reste marginal. Ce modèle est une impasse : il asphyxie financièrement les familles pour un service dégradé, où « 72 % des bénéficiaires dans les structures de santé ne sont pas satisfaits de l’accueil ». Pour survivre à l'ère post-bailleurs, l'Afrique doit substituer d'urgence la fiscalité publique et le financement local à l'argent direct des malades.

Et, au Gabon comme ailleurs en Afrique, la baisse des financements extérieurs remet au premier plan la question de la capacité du pays à financer durablement son système de santé. Un enjeu d'autant plus crucial que les besoins des populations continuent de croître tandis que les ressources se raréfient.

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