Pendant onze mois, le cancer se tait. Et puis arrive octobre. Soudain, les mêmes personnes qui semblaient avoir oublié que le cancer existe ressortent le rose. Entreprises, influenceurs, personnalités publiques, citoyens lambda.
Tout le monde, ou presque, se découvre une âme de militant. Photos en rose. T-shirts roses. Randonnées roses. Déjeuners roses. Publications roses. Le Hashtag "octobrerose" ressort sur tous les réseaux sociaux. Mais derrière toute cette agitation, une question dérange. Qu’est-ce qui reste réellement lorsque s’éteignent les projecteurs ?
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Octobre Rose ne devrait pas être un concours de visibilité. Encore moins une opération de séduction destinée à montrer aux autorités qu'une entreprise est une entreprise citoyenne. Il y a quelque chose de profondément paradoxal à voir certaines structures mobiliser des moyens considérables pour fabriquer des gadgets, organiser des événements festifs ou mettre en scène leur engagement alors que, dans le même temps, des femmes continuent de faire face au coût du dépistage, aux difficultés de prise en charge, au manque d'équipements et parfois à l'angoisse de ne pas pouvoir se soigner.
À quoi sert donc une randonnée rose si, au bout de la route, une femme malade n’a toujours pas les moyens de faire ses examens ? À quoi sert une photo parfaitement cadrée avec un ruban rose si aucun franc ne vient renforcer concrètement la prise en charge ? Sensibiliser n’est certainement pas inutile. Communiquer non plus. Et porter du rose n’est pas un crime. Mais la communication ne doit jamais devenir le substitut de l’action.
La vérité est qu'à force de transformer Octobre Rose en événement mondain, le risque est clair : vider cette cause de sa substance. Le cancer devient alors un décor. Un prétexte à la communication institutionnelle. Un moment où l’on soigne davantage son image que les malades. Et c’est là que le malaise commence. Si une partie des sommes englouties dans les goodies, les cérémonies et les opérations de visibilité pouvait être directement orientée vers les structures de santé, vers le dépistage, vers l’accompagnement des patientes ou vers les services spécialisés, l’engagement aurait soudainement un autre visage. Un engagement qui ne se photographie pas forcément. Un engagement qui ne fait peut-être pas le buzz. Mais un engagement qui sauve.
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