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Chroniques

[Tribune des partis politiques] - Qui parle encore ?

Alix-Ida MUSSAVU-KOMBILA , journaliste à L'Union

Au Gabon, la classe politique n’a jamais semblé aussi discrète. À quelques exceptions près, le terrain politique donne l’impression d’un espace en veille, où les prises de parole se font rares et les initiatives encore plus. L’affaire dite des "biens mal acquis" aura eu au moins ce mérite : délier quelques langues et réveiller des formations que l’on entendait peu. Mais une réaction à une controverse suffit-elle à faire vivre un parti politique ?

Sur le terrain, le constat est autrement plus silencieux. En dehors de quelques formations comme l’UDB, le RPM ou l’UPR, qui continuent de multiplier les activités et les rencontres, l’espace politique paraît largement déserté. Après les élections, beaucoup de partis semblent avoir regagné leurs bureaux, quand ils ne se sont pas tout simplement évaporés des radars.

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Coïncidence ? Le paysage politique est pourtant en pleine remise à plat. La mise en conformité avec la nouvelle législation doit permettre de déterminer quelles formations remplissent encore les conditions pour exister légalement. Alors, forcément, une question se pose : cette période de régularisation explique-t-elle le silence actuel ? Si les partis sont appelés à revoir leur situation, structures et dossiers, leur activité politique est-elle pour autant suspendue ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi tant de formations donnent-elles le sentiment d’avoir mis leurs activités en sommeil ?

Dans ce cas, sur quelle base les rares formations qui continuent d’occuper le terrain le font-elles ? La question mérite d’autant plus d’être posée que le gouvernement entend désormais disposer d’un paysage politique clairement identifié. La question n’est pas anodine. Un parti politique ne vit pas seulement de communiqués, déclarations ou prises de position sur les réseaux sociaux. Il vit aussi de ses militants, ses réunions, son implantation locale, sa capacité à aller à la rencontre des populations et à porter leurs préoccupations.

Or, aujourd’hui, la frilosité dont certains partis semblent faire montre est devenue presque plus parlante que leurs prises de parole rarissimes. Le problème est peut-être là. À force de ne parler que lorsque l’actualité les y oblige, ils finissent par donner l’impression de subir l’agenda plutôt que de participer au débat national. Le curseur est ainsi placé en mode commentaires, réactions et dénonciations. Ou encore, ils sont entre deux polémiques.

La remise à plat annoncée, à grands sons de trompe, du paysage partisan pourrait donc poser une question plus large : qui représente encore quelque chose sur le terrain ? Parce qu’au fond, il ne suffit pas d’avoir un nom, un siège et quelques responsables pour occuper une place dans le débat public. Encore faut-il, là également, être vu, entendu et, surtout, présent.

Alors oui, les partis politiques donnent l'impression d'exister. Mais dans un espace public où leur présence semble s’être raréfiée, une interrogation finit par s’imposer : qui parle encore au Gabon ?

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