L'UNION• Vous êtes président du groupe parlementaire de l'Union démocratique des bâtisseurs (UDB) à l'Assemblée nationale. Comment avez-vous accueilli cette charge et que représente- t-elle à vos yeux ?
-Julien Florent Assoumou Akue : Avant de répondre à votre question, je voudrais tout d'abord vous remercier de l'opportunité que vous m'offrez de m'exprimer dans vos colonnes. Et également adresser, au nom de l'ensemble des députés UDB, mes voeux de paix, de santé et de bonheur à votre Rédaction ainsi qu'à tous vos lecteurs. Pour revenir à votre question, je dirais que c'est avec humilité et responsabilité que j'ai accueilli ma désignation en tant que président du groupe parlementaire du parti majoritaire à l'Assemblée nationale. D'autant plus que le contexte de cette 14e législature, à l'orée de la Ve République, articulé sur la poursuite de l'édification d'un Gabon digne d'envie, rend le challenge très exigeant et j'en prends la pleine mesure à la tête du bureau de ce groupe que je souhaite conduire avec l'implication de tous mes collègues. Permettez-moi de renouveler ma très profonde gratitude au président fondateur de l'UDB, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour cette haute marque de confiance.
Dans la configuration politique actuelle caractérisée par une absence de l'opposition à l'Assemblée nationale, quel est le rôle de votre groupe parlementaire ?
-Écoutez, à ce jour, nous avons enregistré l'existence de quatre groupes parlementaires. L'absence d'une opposition classique dans notre Chambre n'occulte, heureusement pas pour notre jeune démocratie, la contradiction constructive. À titre d'illustration, depuis l'entame de cette mandature, sur les quatre textes qui nous ont été soumis, nous avons renvoyé un à l'Exécutif. Notamment le projet de loi portant création de la société Lancaster Sheraton, après un examen au fond, pour multiples irrégularités. Comme quoi, l'inquiétude liée à une potentielle absence d'objectivité de la part des députés n'a pas lieu d'être. Dans cette optique, je tiens à vous rappeler qu'au cours de la récente cérémonie de présentation des voeux de Nouvel An au chef de l'État, celui-ci, répondant au président de l'Assemblée nationale qui annonçait que l'Assemblée nationale n'a nullement l'intention d'être une simple Chambre d'enregistrement, avait conforté cette posture. Tout en insistant sur le fait que la posture des députés ne devrait être, en aucun cas, sujette au chantage. Vous pouvez être donc pleinement rassurés de ce que les députés de l'UDB accompliront leur mission dans l'intérêt supérieur de la Nation, en toute loyauté, intégrité, responsabilité et patriotisme.
Donc, vous n'entendez pas être de simples ''soutiens aveugles'' du gouvernement ?
-Comme je l'ai dit précédemment, notre groupe parlementaire entend bien jouer son rôle de défenseur des intérêts du peuple, dépositaire des mandats des députés. Nos missions sont claires et il ne saurait en être autrement. Et vous me donnez là, l'occasion de clarifier notre position sur un certain nombre d'éléments. Notamment les dispositions de l'article 90 de la Constitution, au regard du comportement de certains élus. En effet, si tout mandat impératif est nul, il n'en demeure pas moins qu'appartenir à une association même politique, vous astreint à un certain nombre d'obligations. C'est comme être dans un mariage. Vous disposez de votre liberté fondamentale, tout en restant assujetti à des obligations matrimoniales et parentales. Ceci pour signifier qu'il est difficilement compréhensible et intolérable qu'un membre de notre groupe, quel qu'il soit, se répande sur la place publique en dénonçant un texte émanant de l'Exécutif. Avant que le groupe parlementaire, cadre formel au sein duquel se déroule le débat avant toute prise de position collégiale, n'en soit saisi. Le groupe parlementaire et le parti politique restent juges d'appréciations de la situation, conformément aux textes de notre formation politique. Cette clarification méritait amplement d'être faite. Ailleurs, les présidents des groupes parlementaires n'hésitent pas à se prononcer sur les grandes questions de société.
Face à la crise qui secoue le secteur éducatif notamment, vous êtes resté silencieux. Comment l'expliquez-vous ?
-Comme vous le savez, avec la nouvelle Constitution, il n'y a plus de bicéphalisme de l'Exécutif. Le président de la République assume désormais la charge de chef du gouvernement. En vacances parlementaires depuis plus d'un mois, les députés sont en effet cités comme aphones face à la situation de cette grève. Un point de vue au nom du groupe, même dans l'urgence, requiert une concertation même minimale. Aujourd'hui, je suis en mesure de vous dire que je peux m'exprimer dans ce cadre et c'est bien ce qui est fait depuis quelques jours, dans le strict respect de la subtilité de la séparation des pouvoirs.
Justement, quel regard portez- vous sur cette crise ?
-À mon humble avis, je pense qu'il y a crise au moment où les parties ne discutent pas et dans une moindre mesure, ne s'entendent vraiment pas. Est-ce le cas sur ce dossier ? Je n'en suis pas si sûr ! Dès le déclenchement du mouvement, les parties sont entrées en pourparlers. De mon point de vue, les revendications soulevées ne sont pas spécifiques à l'Éducation nationale. C'est une situation transversale qui englobe les départements dont relèvent les agents publics. Il me paraît utile de saluer ici, et à juste titre, l'intérêt manifesté à l'égard des agents publics au lendemain du Coup de libération du 30 août 2023. Intérêt matérialisé par la reprise des recrutements, des concours administratifs, l'octroi des postes budgétaires à la Communication, etc. En tout cas, s'agissant du mouvement lancé par les enseignants, il faut saluer la très grande responsabilité républicaine du gouvernement et la sagesse des partenaires sociaux. Deux parties qui ont fait montre d'un esprit élevé de responsabilité en signant un protocole d'accord. En même temps, en toute humilité, je crois en la phase de restructuration menée par les plus hautes autorités de la République en tête desquelles le chef de l'État, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Sur le plan politique, de nombreux acteurs se montrent de plus en plus virulents à l'égard de la gouvernance actuelle en dénonçant notamment les résurgences des pratiques du passé, dans un contexte de désillusion. Que leur répondez-vous ?
-Les dénonciations faites par certains acteurs politiques relèvent davantage, selon moi, des contributions voire des soutiens inconditionnels à la gouvernance actuelle. Elles sont des témoignages de la vivacité du jeu démocratique dans notre pays et nous ne pouvons que nous en féliciter. Ce qui pourrait être déplorable, c'est plutôt la propension de certains d'entre eux à ne pas intégrer le réel changement de paradigme. Ces schémas nous interpellent tous à plus d'un titre. En effet, l'adhésion massive à la vision du chef de l'État découle non seulement de l'acte de bravoure qu'il a accompli avec ses frères d'armes le 30 août 2023. Mais aussi et surtout de la démonstration d'une gouvernance positive de notre pays durant la Transition. L'oeuvre humaine, surtout en période de reconstruction, est dense et perfectible. Les vieux démons ne sont jamais si loin en effet. Les acteurs politiques d'un Gabon d'un autre temps doivent avoir la capacité et la sagesse de transmettre le flambeau, surtout qu'ils n'ont jamais réellement su quelle était la direction à prendre au moment de la course. Nous sortons de très loin, il n'y a aucune honte à le reconnaître. Une nouvelle page est en train de s'écrire avec des mesures inhabituelles comme la mise aux arrêts et la révocation de très hauts dignitaires de l'État, même en fonction ! Oui, il n'y a aucune gêne à se ressaisir pour bien faire. Ce qui est dégradant, c'est faire sans cesse la morale sans s'apercevoir que l'on peut porter soi-même l'ADN de l'échec.
Le président d'Ensemble pour le Gabon (EPG), Alain-Claude Bilie- By-Nze, a récemment appelé à la tenue des '' états généraux de la Nation'', estimant que la Transition avait raté le coche. Qu'en dites-vous ?
-Le Gabon, notre pays, ne souffre, au 30 janvier, d'aucune crise institutionnelle. Il n'y a pas de débat à ce niveau et je me garderai ici de refaire la genèse de la noblesse et la sagesse dont a su faire montre le peuple gabonais quant à l'issue heureuse de la Transition. Les grands enjeux sont ailleurs désormais. La gestion du capital humain, la justice sociale et le développement harmonieux du pays sont, entre autres, nos leitmotivs. La reconstruction d'un Gabon solide passe avant toute chose, par un changement intégral de nos mentalités. Notre modèle doit être unique, axé essentiellement sur le travail, l'unité et la sincérité. Les canaux d'hier ne doivent plus faire recette afin de nous épargner d'autres "30 août". C'est dur, cela semble si difficile mais surtout, même en crocodile, il est strictement interdit de pleurer !
Pour conclure, quel est votre message ?
-La très grande espérance d'un cadre de vie amélioré, né du discours et de sa matérialisation depuis la Transition, doit être un réel point d'ancrage de solidarité et d'unité dans l'effort pour tous. Notre cher et beau pays, qui a tant souffert de nos propres turpitudes et de la diversion mercantile de bon nombre d'acteurs politiques, doit nécessairement opérer un autre choix plus responsable, basé sur le travail et le patriotisme. Nous devons avoir la lecture des évènements vécus avec plus de discernement et de sagesse pour rompre avec notre regrettable passé récent qui nous a laissés dans une situation quasi chaotique sur plusieurs plans. Que chacun fasse sa part pour aspirer à ce Gabon digne d'envie, pour notre essor vers la félicité.
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