Depuis des mois, un silence pesant s’est installé dans l’espace public. Les partis politiques si prompts à occuper la scène médiatique et le terrain, semblent avoir déserté le débat national. Plus de meetings, une communication minimale, une présence quasi inexistante auprès des populations. Pourtant, ce mutisme n’a pas toujours été la règle. Durant la période électorale, les formations politiques se sont fait entendre. Mais depuis la proclamation des résultats, et face à l’échec de la plupart d’entre elles à séduire les électeurs, le silence s’est brutalement imposé.
Ce contraste interroge. La grogne sociale demeure, les interrogations persistent et les enjeux majeurs du pays continuent d’exiger des réponses politiques claires. Or, ceux qui aspiraient à gouverner ou à représenter les citoyens semblent avoir disparu de l’espace public. On en est à se demander si la démocratie gabonaise est en train d’être enterrée. Ce mutisme est d’autant plus troublant que les partis politiques ont longtemps joué le rôle de vigies démocratiques. Tour à tour forces d’alerte, de mobilisation, de proposition ou de contestation, ils ont contribué à animer la vie publique et à structurer le débat national. Aujourd’hui, ces vigies paraissent endormies, voire neutralisées. Le contraste est saisissant entre l’ampleur des défis que traverse le pays et l’inertie quasi totale de la classe politique organisée.
Ce silence pose question : relève-t- il de la peur, d’un calcul stratégique, d’un manque de moyens, d’une résignation collective face à un jeu politique dont les règles auraient été confisquées ? À force de se taire, les partis donnent l’impression d’avoir renoncé à leur mission historique, laissant le débat public se réduire à quelques voix isolées et à des échanges fragmentés sur les réseaux sociaux, sans réelle structuration politique.
Or, une démocratie ne peut survivre avec une classe politique fantomatique. Le pluralisme ne se proclame pas, il se pratique. Et cette pratique exige la confrontation des idées, la mobilisation citoyenne et une présence constante sur le terrain. L’absence prolongée des partis ouvre la voie à une démocratie de façade, où le désintérêt et la méfiance deviennent les symptômes d’un système en panne. À moins que ce silence ne trouve une explication dans la notion de représentativité introduite par la loi 016 du 27 juin 2026 relative aux partis politiques en République gabonaise, ou dans les nouvelles contraintes qu’elle impose, sans pour autant remettre en cause le principe du pluralisme démocratique.
C’est d’ailleurs dans ce contexte que les partis politiques sont attendus ce vendredi à une réunion avec le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, dans le cadre de leur mise en conformité avec cette nouvelle loi qui teste leur capacité à exister.
random pub
