Depuis le mois d'avril, Sosthène Nguema Nguema, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, déroule, dans de nombreux médias, ses ambitions pour un secteur qu'il veut transformer en "pilier majeur de la croissance". Le discours est bien rodé et permet d'apprendre beaucoup de choses.
Le Gabon va faire, avec l'appui de la BAD, l'acquisition d'un laboratoire mobile à 189 millions FCFA pour analyser les minerais sur site et renforcer la traçabilité. Le budget du ministère a bondi de 4,56 à 68,12 milliards FCFA entre 2025 et 2026. Cette hausse vise à financer la prospection, la cartographie géologique et la modernisation des contrôles. Plus de 240 missions d'inspection sont prévues en 2026.
L'interdiction d'exporter le manganèse à partir de 2029 oblige à une refondation de ce secteur. "Nous avons également réussi à mettre en place des conventions avec des sociétés qui, aujourd’hui, n’ont pas nécessairement de permis de manganèse, mais qui s’engagent à construire des usines de transformation de manganèse. Il restait une question : où trouver la matière première ? Cette matière première est détenue majoritairement par certains opérateurs, notamment Comilog, avec de bonnes teneurs. Nous avons donc établi un accord avec Comilog pour la vente locale de manganèse", a-t-il indiqué au site "Ceux qui font l'Afrique".
Or, le vernis des différentes interviews cache assez mal les zones d'ombre. L'interdiction d'exporter le manganèse brut est fixée à 2029. Mais aucune infrastructure de transformation n'existe aujourd'hui. Qui finance les unités de traitement ? Où ? Sous quel régime fiscal ? Le ministre ne dit rien. Les informations disponibles dans la presse ne permettent pas d'avoir une vue d'ensemble. Pourtant, l'importance du sujet aurait mérité plus de précisions sur une feuille de route industrielle. La présence de gallium est présentée comme une perspective "très prometteuse". Or Apollo Minerals n'a confirmé que des "traces significatives" et non des réserves chiffrées. L'exploration étant encore en cours. L'enthousiasme ministériel devance largement les données disponibles.
Pour ce qui est de l'or, 3 000 orpailleurs ont été recensés et révèlent l'ampleur de l'informel et des exportations frauduleuses d'or. La régularisation des dossiers, la création de coopératives, la carte minière nationale : tout reste au stade de l'intention. Dans l'ensemble des interventions du ministre, pas un mot sur les délais, le budget alloué, etc. Difficile de savoir comment faire passer un secteur presque informel à une puissante filière. Et avec autant de blancs, forcément d'autres questions naissent.
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