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Politique

Michel Régis Onanga Ndiaye : "Je le répète avec force : l’ère de la Chambre d’enregistrement est révolue"

Michel Régis Onanga Ndiaye, président de l'Assemblée nationale

L’Union. Monsieur le président, ce lundi 2 mars marque l’ouverture de la toute première session ordinaire de la quatorzième législature. Quel est l'esprit qui anime cette rentrée parlementaire ?

-Michel Régis Onanga Ndiaye : Tout d'abord, permettez-moi de vous remercier pour l'opportunité que vous m'offrez de m'exprimer, au nom de tous mes collègues, dans vos colonnes. Pour vous répondre, je dirais que c'est un esprit de refondation républicaine. Après les élections législatives de 2025 et l’installation le 17 novembre, nous avons dû achever le mandat de la législature de la Transition. En effet, cette session inaugurale est le moment où la volonté populaire se traduit en normes juridiques. Sous l'égide de la nouvelle Constitution de décembre 2024, notre mission est claire : doter le Gabon des lois qui sécurisent son essor économique et social. Nous ne sommes plus dans la Transition, nous sommes dans la construction pérenne de la Ve République.

Au-delà du symbole, quels sont concrètement les enjeux de cette première session de la quatorzième législature ?

-Les enjeux sont triples. D’abord organique : nous allons installer l'intégralité des Commissions permanentes. Nous passons d'une phase d'installation avec deux Commissions provisoires à une phase de plein déploiement. Ensuite législatif : il s'agit de traduire la Constitution de décembre 2024 en réalités juridiques (économie, justice, éducation). Enfin, l’enjeu de la proximité numérique : avec le lancement de notre plateforme dès lundi, nous brisons la distance. L’Assemblée nationale devient accessible à tous. À l’aune de la 14e législature, nous sommes fermés aux pressions extérieures afin de maintenir notre indépendance. Autrement dit, nous comptons véritablement appliquer et maintenir la séparation des pouvoirs.

Quelles seront les priorités de cette législature ?

-Permettez-moi, s’il vous plaît madame, de rappeler les missions qui nous sont assignées : voter la loi, contrôler l’action du gouvernement, consentir l’impôt et évaluer les politiques publiques. Et pour y arriver, ce travail se fait au sein des Commissions générales permanentes. Elles sont au nombre de huit. Aussi, pour votre gouverne, achevant le mandat de la législature de la Transition, nous avons dû pour des urgences républicaines mettre en place deux Commissions générales permanentes provisoires, à savoir, la Commission des Lois, des Affaires administratives et des Droits de l’Homme et la Commission des Finances, du Budget, de la Comptabilité publique, des Affaires économiques, de la Production et du Développement. Je vous informe que dans les tout prochains jours, nous mettrons en place les huit Commissions générales permanentes pour faciliter le bon fonctionnement de notre Institution. Enfin, rendre compte et la redevabilité devraient être au centre de l’esprit de tout député. Et c’est ce que nous avons fait pendant les deux mois de l’intersession parlementaire.

-Vous avez été élu au perchoir le 17 novembre dernier. Cette élection traduit-elle un nouveau rapport de force politique ?

-Quels enseignements en tirez-vous ? Notre élection est le signe d’une volonté de cohésion nationale. Plus qu’un basculement de forces, elle traduit une aspiration à une gouvernance apaisée. Notre parcours de diplomate nous a appris que la force d'une institution réside dans sa capacité de synthèse. Nous avons aujourd'hui une configuration plurielle où chaque voix compte. Notre élection n'est pas la victoire d'un camp sur un autre, mais le choix de la volonté de rassemblement pour réussir le saut qualitatif attendu par le peuple gabonais.

Les compatriotes attendent beaucoup de leurs élus, notamment les députés. Au vu de la configuration politique de l’Assemblée nationale actuelle, n’y a-t-il pas de risques de désenchantement, car ces derniers verraient votre institution comme une simple chambre d’enregistrement des décisions prises par l’Exécutif, particulièrement l’adoption, sans véritable débat, des projets de loi et autres ?

-Pas du tout. Je le répète , l’Assemblée nationale est le lieu par excellence de l’expression du débat démocratique. Toutefois, elle n’est pas un pugilat, l’hémicycle est plutôt le temple du débat d’idées. Je tiens donc à rassurer les uns et les autres que nous jouerons pleinement nos missions régaliennes contenues d’ailleurs dans la nouvelle Constitution et dans notre Règlement.

Et pourtant on aurait du mal à vous croire au regard du contexte !

-Je le répète avec force : l’ère de la "Chambre d’enregistrement" est révolue. La nouvelle Constitution restaure l'équilibre. Au cours de cette législature, vous constaterez que nos Commissions générales permanentes ne seront pas des bureaux de passage, mais des laboratoires d'expertise. Nous amenderons et recadrerons les textes si nécessaire. Le contrôle du gouvernement sera sans complaisance. Enfin, grâce à nos plates-formes numériques, le citoyen pourra surveiller nos travaux en temps réel. La transparence est le meilleur rempart contre l'opacité.

Concernant les attentes sociales, comment l’Assemblée nationale compte-t-elle concrètement faciliter la prise en compte des préoccupations des populations qui sont en réalité vos électeurs ?

-L’Assemblée nationale a déjà pris des initiatives. Nous nous sommes pleinement impliqués sur le volet social durant l’intersession parlementaire et nous allons continuer dans le même sens à travers une "législation d’impact". Chaque projet de loi sera passé au filtre de l’utilité sociale. Nous allons mener des enquêtes parlementaires. De plus, l'espace de suggestions sur notre portail numérique permettra au citoyen de nous alerter directement sur une urgence locale. Les députés seront les "commissaires du peuple" sur le terrain. Nous ne jugerons pas notre succès au nombre de lois votées, mais à l'amélioration du panier de la ménagère et de l'accès aux soins de qualité.

En conclusion, quel message lancez-vous aux députés et à la population ?

-Je voudrais une fois de plus remercier le quotidien L’Union et vous-même pour l’opportunité que vous m’avez offerte de m’exprimer pour la première fois dans vos colonnes. Je dirai à mes collègues députés que le temps de l'observation est fini. Soyons rigoureux et assidus dans les nouvelles Commissions. Nous devons être des élus de terrain. À la population, je dirai que votre Assemblée nationale entre dans la modernité. C’est dans cette optique que nous allons utiliser tous les leviers offerts par la Constitution : les questions au gouvernement, les missions d'information et les Commissions d'enquête. Notre contrôle sera rigoureux et constructif.

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