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Provinces

Lambaréné / Les oubliés de l’histoire : le récit poignant d’un soldat gabonais de l’armée française

 Fidèle Boubala Mikala, ancien soldat de l’armée française

À 90 ans, Fidèle Boubala Mikala, plus connu sous le nom d’"Ibrahim", vit désormais dans la discrétion au quartier Isaac, dans le deuxième arrondissement de Lambaréné. Ancien soldat de l’armée française, il a traversé les guerres d’indépendance d’Afrique centrale et participé au rétablissement du président Léon Mba en 1964. Entre bravoure, blessures, trahison et oubli, cet ancien combattant a accepté de se confier.

L’équipe du quotidien L’Union a rencontré ce vétéran au destin hors du commun. À seulement 23 ans, matricule 59993 10183, Fidèle Boubala Mikala est enrôlé dans les rangs de l’armée française au moment où la sous-région est secouée par les luttes pour l’indépendance.

De Brazzaville à Yaoundé, en passant par Libreville, les tensions sont extrêmes. La France mobilise alors des troupes pour défendre ses intérêts. Parmi elles, le jeune Ibrahim, affecté à une mission de maintien de l’ordre face aux insurgés de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), appuyés par les Bamiléké et farouchement opposés à la politique d’Ahmadou Ahidjo, qu’ils jugent trop proche du colonisateur.

Au cours d’une opération, le jeune soldat survit miraculeusement à un crash d’avion ayant coûté la vie à cinq de ses compagnons. Grièvement blessé, évacué à Brazzaville, il est pourtant rapidement renvoyé sur le terrain.

Alors que les indépendances sont actées et que beaucoup de ses camarades retournent chez eux, Ibrahim est retenu en France sur ordre du général De Gaulle. Il rejoint une unité d’intervention spéciale dépêchée en février 1964 au Gabon pour rétablir le président Léon Mba, renversé par un groupe de putschistes. L’opération, restée dans l’histoire, permet de restaurer l’ordre constitutionnel.

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Rentré définitivement au pays en 1965, grâce à la volonté du président Léon Mba lui-même, Fidèle Boubala Mikala est intégré à la Garde républicaine. 

Après la disparition de ce dernier en 1967, il poursuit son service sous les ordres du président Albert-Bernard Bongo. Pendant près de dix ans, il fait partie de son entourage rapproché. À plusieurs reprises, en l’absence du chauffeur officiel, Ibrahim conduit Alain et Pascaline Bongo à l’école située derrière Baraka.

Mais le destin bascule brutalement. Alors que son épouse est en voyage à Moabi, un complot est ourdi contre lui. Sa maison est vandalisée, son arme subtilisée puis présentée comme la preuve d’un prétendu projet de coup d’État contre le chef de l’État. Arrêté et placé à l’isolement pendant trois mois, il échappe de peu à une exécution grâce à la clémence du président Bongo.


Profondément meurtri, il démissionne de la Garde républicaine et s’installe à Lambaréné, où il travaillera un temps à la mairie.

Aujourd’hui, Ibrahim vit dans une grande précarité, sans aucune reconnaissance officielle ni pension de retraite, malgré son engagement durant les heures les plus sensibles de l’histoire gabonaise et centro-africaine. La vieillesse gagne du terrain, et avec elle l’espoir ténu d’être un jour reconnu pour les sacrifices consentis.

À l’heure où la Vᵉ République gabonaise place la justice, la dignité et la mémoire au cœur de ses priorités, l’histoire de Fidèle Boubala Mikala interpelle. Comme lui, de nombreux anciens combattants, acteurs silencieux de pages cruciales de notre histoire, attendent encore que la Nation leur rende justice.

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