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Société & Culture

[Editorial] - Éducation : L'otage d'une crise

Lin-Joël Ndembet - Directeur de la Rédaction et Publication du Quotidien L'Union

Un nouveau cap, inquiétant, a été franchi ce week-end. Le durcissement de la grève des enseignants, acté lors de l'assemblée générale d'Awendjé, reporte sine die une reprise des cours que beaucoup d'élèves et de parents espéraient pour ce lundi. Ce blocage prolongé place l'ensemble de la communauté éducative devant une question aussi cruciale que nécessaire, celle de savoir si la stratégie du rapport de force absolu, qui consiste à immobiliser l'école, est la voie pertinente pour obtenir gain de cause.

Elle se pose d'autant que le risque est grand de voir les élèves, déjà éprouvés par des années d'enseignement de qualité variable, conséquence d'une école à deux vitesses et des errements aussi bien des représentants des syndicats que des gouvernements précédents, devenir les véritables otages d'un conflit dont ils paieront le prix, quels qu'en soient les résultats.

Les raisons de la colère enseignante sont objectives, profondes et largement légitimes. Les grévistes dénoncent des situations administratives trop longtemps bloquées, des retards de reclassement interminables, une précarité persistante et l'accumulation de promesses non tenues par le passé.

Cette crise est l'aboutissement logique de décennies de gestion déficiente du dossier éducatif par les anciennes autorités. Le gouvernement Oligui Nguema en hérite et doit assumer ce lourd passif, qu'il ne saurait régler par un coup de baguette magique. Sa volonté de dialogue est manifeste, comme en témoigne le plan de régularisation annoncé, mais elle se heurte à un déficit de confiance qui peut se comprendre.

C'est précisément dans ce contexte que la radicalisation du mouvement interroge. Si la grève est un droit fondamental et un ultime recours, son durcissement en "prise en otage" du système éducatif entier comporte des risques majeurs, à brève et à longue échéance. À court terme, si exercer une pression maximale sur le gouvernement peut sembler une stratégie payante, elle peut, cependant, retourner aussi contre les enseignants une partie de l'opinion publique, notamment les parents d'élèves qui voient l'avenir de leurs enfants se déliter. À long terme, une grève prolongée, qui bouleverse le calendrier scolaire et sacrifie des heures précieuses d'apprentissage, pourrait durablement altérer l'image du corps enseignant. Laissant croire, à tort, que leurs seules motivations sont pécuniaires ou administratives, occultant la noble cause de la revalorisation globale de l'école. In fine, éroder le capital sympathie dont ont besoin les enseignants pour mener à bien leur combat essentiel.

Même si on peut le souhaiter que les enseignants et autres responsables de «SOS Éducation» mettent un peu d’eau dans leur vin par rapport à leurs revendications, il y a également lieu d’appeler à une responsabilité partagée de toutes les parties.

D'un côté, le gouvernement doit accroître son action par des actes plus visibles et vérifiables pour rassurer de sa détermination. Les enseignants doivent comprendre que l'arme de la grève totale, si elle est utilisée de façon trop prolongée, peut se retourner contre leur crédibilité morale et leur cause même. Surtout s'ils donnent l'impression de sacrifier l'intérêt supérieur des élèves sur l'autel des revendications.

Une certitude. Si l'école gabonaise n'est pas un otage, elle est le champ de batailles où se joue l'avenir du pays. Pour cela, les jusqu'au-boutistes doivent déposer les armes, remballer leur colère, frustrations et aigreurs pour poursuivre le dialogue autour de la table en vue de trouver des solutions durables. C'est le souhait de l'opinion !

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