Le Conseil des ministres du jeudi 8 octobre 2026, en validant le lancement "sans délai" des études préalables à la construction d’une nouvelle raffinerie de pétrole, a enfin ouvert un dossier qui ressemblait de plus en plus à une Arlésienne.
Cette inévitable décision trouve sa principale origine dans la récente pénurie de carburant qui a secoué le Grand Libreville et de nombreuses villes de l'intérieur du pays. Bien qu'une accalmie ait été observée hier, le gouvernement a annoncé qu'il assurerait un suivi rigoureux et continu de la situation, jusqu’au rétablissement effectif et durable de l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire national.
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Si l'absence de gasoil et d'essence a fortement incommodé les populations comme les opérateurs économiques, il est difficile de faire l'impasse sur les facteurs exogènes. "Les perturbations dans le détroit d’Ormuz affectent la disponibilité et le prix des produits pétroliers sur les marchés internationaux, les fournisseurs privilégiant les destinations les plus rémunératrices", a reconnu le gouvernement. Tout comme il a admis que "ces contraintes extérieures ne sauraient occulter les fragilités structurelles du dispositif national d’approvisionnement".
Les lourdeurs de la subvention (lire ci-contre) et les capacités obsolètes de la Société gabonaise de raffinage ont aussi pesé dans la balance. Seule raffinerie du pays basée à Port-Gentil, la Sogara dispose d'une capacité théorique de traitement limitée (environ 1,2 million de tonnes/an) et peine à satisfaire la demande nationale grandissante en super, gazole et kérosène. Les études préalables à la construction d'une nouvelle raffinerie font donc partie d'un programme qui doit améliorer la sécurité énergétique.
C'est la première fois que le gouvernement évoque ouvertement ce type de projet. Jusque-là, ces initiatives avaient toujours été annoncés par les gouvernements précédents. Sans aller plus loin. En 2012, un accord avait été trouvé avec le géant Samsung pour une nouvelle raffinerie à l'Île Mandji.
En 2012 toujours, des articles de presse indiquaient qu'un accord avec le groupe sud-coréen SK Energy, pour étudier la construction d’une raffinerie moderne près de Sogara, dans la zone économique spéciale de Mandji, avait été validé. Le projet, alors estimé à environ 1 milliard de dollars, visait une mise en service en 2016, mais n’a jamais abouti.
TANT D'INTÉRÊTS• Le 14 octobre 2025, le ministère gabonais du Pétrole et du Gaz avait signé avec China Road and Bridge Corporation (CRBC) un protocole d’accord portant notamment sur la construction d’une nouvelle raffinerie à Port-Gentil. Toutes ces tentatives sont restées dans les tiroirs.
Mais la décision du gouvernement met en évidence plusieurs intérêts possibles. Le premier élément est la réduction des importations de produits raffinés. Selon les données disponibles, la Sogara a du mal à couvrir les besoins gabonais en carburants. Un simple grain de sable lancé depuis le détroit d'Ormuz a justement suffi pour gripper la machine pendant de nombreux jours.
Le renforcement de la sécurité énergétique, deuxième intérêt, tient donc compte d'une production locale accrue pour réduire l’exposition aux ruptures d’approvisionnement, aux retards logistiques et aux tensions sur les marchés internationaux.
Le troisième intérêt est d'accroître la valeur ajoutée locale. Le raffinage permettrait de transformer une part plus importante du brut au Gabon, plutôt que d’exporter le pétrole brut et d’importer ensuite des produits finis. Cela peut soutenir des emplois, des compétences industrielles et des activités connexes.
Le dernier élément est lié à la création d’activité pendant le chantier et l’exploitation. Pour rappel, les autorités avaient évoqué des milliers d'emplois pendant la phase de mise en oeuvre du projet CRBC.
Le prochain Conseil des ministres devrait donc annoncer le programme complet avec calendrier et financement réalistes. Le gouvernement n'a que peu de temps pour préparer sa copie.
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