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Économie

Poulet de chair : que d'interrogations autour d'une ambition louable !

Élevage de poulet de chair

Elle est clairement exprimée par les plus hautes autorités du pays : la production locale de ce que les Gabonais consomment. Fortement appréciée, cette ambition s'inscrit dans un objectif de souveraineté et de sécurité alimentaires, en mettant un terme aux importations qui coûtent plus de 500 milliards de FCFA à l'État par an. La filière poulet de chair a été inscrite dans cette perspective nationale. La mesure portant interdiction d'importer ce produit entre en vigueur en 2027. Donc dans six mois seulement.

Plusieurs opérateurs étrangers – du Cameroun à la Chine, en passant par la Guinée, l'Espagne ou la Turquie – ont déjà manifesté leur intérêt pour accompagner le Gabon. Mieux, le pays a récemment signé, en marge du Forum international de Libreville, cinq conventions d’investissements avec des investisseurs étrangers. Dans le détail, il s’agit d’une convention d'investissement de 67,1 milliards de F CFA, qui a été signée avec l'investisseur Hakan Kiran Holding pour la construction d'une ferme avicole intégrée à Ntoum, dans la province de l'Estuaire. Elle sera d'une capacité de 60 000 tonnes par an. Une convention d'investissement de 10 milliards de FCA avec le groupe NJS, pour la construction d'une ferme intégrée à Oyem d'une capacité de 10 000 tonnes par an, a aussi été paraphée.

Il y a également un accord-cadre d'investissement de 155 milliards de FCFA avec l'Association agricole chinoise pour les échanges internationaux (CAAIE), pour la construction de cinq infrastructures agro-industrielles dans deux provinces : autant de fermes avicoles nationales intégrées, à Ayeme-Plaine et à Port-Gentil, pour une capacité de 1 000 tonnes par mois d'ici à janvier prochain.

Enfin, il y a un mémorandum d’entente de 280 milliards de FCFA avec Hong Kong Grove Metal Limited pour la construction d'un parc agricole, industriel, commercial et logistique international des produits agricoles du Gabon. Et un autre mémorandum avec Qingdao Intelligent Poultry Investment Development CO. LTD, pour la construction d'une ferme avicole nationale intégrée de 45 000 tonnes par an.

À côté des opérateurs étrangers, le gouvernement a lancé, le 18 mars dernier, un appel à manifestation d'intérêt en vue de sélectionner localement 150 fermes avicoles. Chaque ferme pourra accueillir jusqu'à 3 000 poulets de chair, soit un potentiel global de 450 000 têtes pour cette phase initiale.

Aussi les exploitations retenues bénéficieront-elles d'un accompagnement de l'État au niveau de la construction ou de l'extension de bâtiments modernes, de la fourniture de poussins d'un jour adaptés à la capacité de production, d'un apport en aliments couvrant six cycles de production, ainsi qu'un kit vétérinaire pour assurer le suivi sanitaire des élevages. Mais, à ce qu'il semble, il ne s'agirait que de petites fermes ici.

Entre les deux, il y a des exploitations mieux structurées et qui ont fait déjà leurs preuves, notamment dans la production d'oeufs. Des majors locales comme la Société meunière et avicole (Smag), le Groupement d'intérêt économique Pouss'In et la Société gabonaise de développement agricole (Sogada). Celle-ci étant le deuxième producteur local d'oeufs, après la Smag.

Des voix s'accordent à dire que, conformément à la nouvelle orientation politique, la filière devrait se structurer autour des opérateurs gabonais. Comme cela se fait dans d'autres pays à travers le monde. Un point de vue conforté par le récent discours du chef de l'État à l'Assemblée nationale. Il a déclaré que "l'heure n'est ni au doute, ni à la peur. L'heure est à l'espérance, à la responsabilité et à l'action collective".

À tout prendre, cette "action collective" appelle pourtant à prioriser les opérateurs nationaux. À l'image de la Sogada, qui a déjà investi 25 milliards de FCFA et qui, aujourd'hui, apprécierait un appui public. Cela ne signifie pas que l'on s'oppose aux investissements étrangers, mais que le gouvernement gagnerait à accorder davantage d'intérêt aux Gabonais qui ont pris le risque d'investir dans ce secteur et dont les performances n'ont rien à envier aux opérateurs étrangers

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