La crise qui secoue le secteur de l’Éducation nationale depuis plusieurs semaines continue de produire ses effets délétères sur le calendrier scolaire. Grèves à répétition, assemblées générales permanentes, absence d’enseignants dans de nombreux établissements : le système éducatif avance au ralenti, mais avec le risque de plus en plus grand de compromettre l’année scolaire en cours.
C’est dans ce contexte tendu que la ministre d'État en charge de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, a pris la parole à la télévision nationale, dimanche, pour faire le point sur la situation et alerter l’opinion publique des éventuels effets collatéraux en cas d'année blanche.
Dans une intervention à la fois empathique, pédagogique et ferme, elle a reconnu l’ampleur de la crise, tout en rappelant les efforts réalisés par son département ministériel pour répondre aux revendications des enseignants.
Titularisations, régularisations administratives, engagements sur les carrières et la solde : selon elle, des avancées concrètes ont été enregistrées (voir infographie) et doivent servir de base à une reprise effective des cours.
Mais au-delà de ce bilan, c’est surtout la menace d’une année blanche qui a dominé son discours. "Nous avons déjà perdu trois semaines. Ici et là, il y a des reprises, mais elles sont encore timides. Il y a des endroits où il n’y a pas du tout de reprise", a-t-elle déclaré, dressant un état des lieux sans complaisance. Une situation qui, selon elle, place désormais le système éducatif au bord d’un seuil critique.
La ministre d'État a rappelé que, compte tenu des retards accumulés, il ne reste plus que 30 semaines de cours possibles pour l’année scolaire en cours. Or, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) recommande un minimum de 32 semaines pour garantir l’exécution correcte des programmes scolaires. "Au fur et à mesure que la reprise ne sera pas totale, nous allons rentrer dans la phase critique du seuil recommandé pour un programme scolaire", a-t-elle averti.
Ce constat, lourd de conséquences, soulève de nombreuses inquiétudes, tant chez les parents d’élèves que chez les apprenants eux-mêmes. Une année blanche signifierait non seulement l’invalidation de l’année scolaire, mais aussi un bouleversement durable et conséquent du parcours scolaire des milliers d’élèves. Pas seulement ceux en classes d’examen. Consciente de l’enjeu, la ministre a lancé un appel appuyé aux parents, les exhortant à envoyer massivement leurs enfants à l’école dès hier lundi. Pour elle, la mobilisation des familles est un levier essentiel pour encourager une reprise généralisée des cours et créer une dynamique de retour à la normale. "L’école ne peut pas fonctionner sans les élèves", a-telle martelé, soulignant la responsabilité collective face à la situation actuelle qui n'honore personne.
Cependant, sur le terrain, la réalité reste contrastée. Si certains établissements ont timidement rouvert leurs portes, d’autres demeurent paralysés par la poursuite du mouvement de grève, notamment au sein de l’aile dure de "SOS Éducation". Les enseignants conditionnant toute reprise totale des cours à la satisfaction complète de leurs revendications, y compris la libération de deux anciens syndiqués incarcérés. Signalons qu’hier soir, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ont bénéficié d’une liberté provisoire. Entre fermeté gouvernementale, colère syndicale et inquiétude parentale, l’Education nationale se trouve à la croisée des chemins. Les prochains jours s’annoncent déterminants : soit la reprise des cours se généralise, permettant de sauver l’essentiel de l’année scolaire. Soit le pays devra faire face à l’une des crises éducatives les plus graves de son histoire récente. Une issue qui ne réjouirait personne.
random pub
