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Communication présidentielle : le cas "Cash" interroge

L’activiste Chamberlain Moukouama, connu sous le pseudonyme de «Cash».

Présent partout, smartphone à la main, l'activiste gabonais connu sous le pseudonyme "Cash" semble devenir l'ombre du président de la République lors de ses déplacements. S'il incarne la proximité, sa méthode de communication brute interroge et heurte les codes de l'institution.

On ne le rate plus. Sur chaque chantier visité par le chef de l'État, dans chaque couloir du Palais, à chaque bain de foule, il est là. Téléphone brandi en mode selfie, il filme, il commente, il interpelle. "Cash" a réussi là où beaucoup ont échoué : s'imposer dans le premier cercle de la communication présidentielle.

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Sur le fond, l'idée est redoutablement efficace. Et c'est d'ailleurs un choix assumé du Palais du Bord de Mer. En laissant "Cash" montrer les coulisses, les visites inopinées de chantiers, les échanges directs avec les ouvriers, la Présidence envoie un message clair : le président Oligui Nguema est un président de terrain, proche du peuple, accessible, qui touche du doigt la réalité. Cette authenticité, que ne peuvent pas toujours offrir les reportages formatés de la télévision, parle aux Gabonais. Elle fonctionne sur TikTok, elle buzze sur Facebook.

Mais c'est dans la forme que le bât blesse. La communication institutionnelle n'est pas un Facebook Live. Elle obéit à des codes, à une rigueur, à une préparation. Or, ce que propose "Cash", c'est l'exact opposé : une information sans filtre, sans traitement, sans éditorialisation. Des questions improvisées, posées à la volée, parfois dénuées de sens, adressées à la première institution du pays comme on interpellerait un Gabonais dans la rue.

On a vu des séquences où le président de la République, garant des institutions, est interpellé sur des sujets anecdotiques, avec une familiarité qui frôle l'irrévérence. Le symbole est lourd. Le président n'est pas un influenceur. Il est le président de tous les Gabonais. Sa parole ne peut être mise au même niveau qu'un contenu de divertissement.

Cette méthode maladroite pose trois problèmes : d'abord, elle décrédibilise la fonction. En banalisant la parole présidentielle, on affaiblit le prestige de l'institution. La proximité ne doit pas rimer avec populisme.

Ensuite, elle met en danger le président lui-même. Une question non préparée et une réponse sortie de son contexte peuvent générer, à l'heure d'internet, un grossier montage sur les réseaux sociaux.

Enfin, la méthode de ‘‘Cash’’ heurte une profession. Les communicants, les journalistes, les conseillers en image, qui travaillent à construire une image cohérente et respectée de l'État, voient leur travail parasité par une communication parallèle qui échappe à tout contrôle.

Personne ne conteste l'apport de "Cash" en tant qu'activiste qui veut montrer le travail du président. Montrer les coulisses est une bonne idée. Mais il est temps de professionnaliser la démarche.

Si le Palais veut garder ce canal "authentique", qu'on lui donne un cadre : des sujets préparés, des questions validées, un minimum de formation au respect du protocole. Qu'on transforme l'activiste en véritable reporter embarqué, pas en simple filmeur de couloir. Car à force de vouloir montrer que le président est proche du peuple, on finit par oublier qu'il est au-dessus de la mêlée. Et c'est tout l'équilibre institutionnel qui vacille.

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