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Économie

Suspension des droits de douane : ce que pensent des économistes…

Willy Ontsia, Justine Judith Lekogo et Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, économistes

Face à la flambée persistante des prix des denrées alimentaires et des matériaux de construction, le gouvernement a donc décidé de suspendre provisoirement certains droits et taxes fiscalodouaniers. Une me sure exceptionnelle, censée soulager immédiatement le panier de la ménagère et redonner un peu de pouvoir d’achat aux ménages. Dans les coulisses du monde financier, trois économistes bien connus ont livré leurs analyses, entre espoirs, prudence et réserves.

Pour Willy Ontsia, cette décision vise avant tout à ''atténuer l’inflation et lutter contre l’érosion monétaire''. Selon lui, la suppression temporaire des taxes douanières, de la TVA et de la contribution spéciale peut entraîner une baisse de 10 à 20 % des prix à la consommation. ''Un produit qui coûtait 10 000 francs CFA TTC pourrait ainsi devenir sensiblement moins cher, ce qui représenterait un gain réel pour les foyers, notamment les plus modestes''.

Toutefois, il tempère : cette mesure n’est qu’un ''paracétamol'' à court terme. Pour maîtriser durablement les prix, il faudra impérativement développer la production locale. Justine Judith Lekogo abonde dans le même sens, en soulignant le caractère conjoncturel de la décision. Elle y voit ''un amortisseur immédiat face aux pressions inflationnistes importées'', particulièrement sensibles sur les produits alimentaires et les matériaux de construction. Sur le plan économique, la logique est cohérente.

Selon elle, en réduisant la fiscalité à l’importation, l’État agit directement sur la formation des prix. Mais son efficacité dépendra de la transmission réelle de cette baisse au consommateur. ''Si les circuits d’importation et de distribution sont concentrés, une partie de l’allègement fiscal peut être captée sous forme de marges supplémentaires. C’est le risque de l’effet d’aubaine''.

Plus critique, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi estime que ce type de mesure ne doit être utilisé qu’en période de crise majeure, comme lors de la Covid-19. Selon lui, ''ce ne sont pas les taxes qui expliquent fondamentalement la cherté de la vie, mais l’insuffisance des revenus et la dépendance structurelle aux importations''. Pour cela, il pointe du doigt ''une faiblesse intellectuelle dans le pays''. Il plaide pour une revalorisation durable des revenus et un renforcement de la production nationale, rappelant que ce mécanisme est ancien et peu adapté aux défis actuels.

Au final, si la suspension des taxes peut offrir un répit immédiat aux ménages, les trois économistes s’accordent sur un point essentiel : seule une stratégie de long terme, fondée sur la production locale et l’amélioration des revenus, permettra de combat t re durablement la vie chère au Gabon.

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