"Gardez vos pièces, je n'en veux pas". Dans les marchés de la capitale gabonaise, cette phrase est devenue le quotidien des commerçants et des usagers de transport. Depuis que la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a annoncé le retrait de la petite monnaie émise entre 1958 et 1985 (de 1 à 500 francs), chauffeurs de taxi et vendeurs refusent de les échanger contre un service ou un produit. Ce qui provoque des disputes entre clients et ce premier groupe. Pourtant, le refus anticipé observé dans certains commerces et taxis relève plus d’une précaution (ou d’une méfiance) que d’une obligation réglementaire.
En effet, les usagers, peu habitués aux subtilités des communiqués bancaires, ont confondu l'annonce de la réforme avec son application immédiate. Le calendrier ne laissait pourtant aucune place à l'urgence vécue dans la rue. La perte du cours légal n'intervenant que le 1er novembre 2026. C'est seulement à partir de cette date que les commerçants auront le droit de refuser ces pièces pour les achats au quotidien.
Après cette date, cela ne signifiera pas que l'argent sera totalement perdu. Le public disposera d'une première fenêtre du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027 pour échanger ces pièces dans toutes les banques et les microfinances. Cette étape sera suivie d'une seconde phase, qui sera exclusivement effectuée par la BEAC qui prolongera l'opération du 1er août au 31 octobre 2027, avant le retrait définitif le 1er novembre 2027.
Malgré cela, ce stress généralisé repose, jusqu'au moment où ces lignes sont écrites, sur une profonde incompréhension des textes officiels. Les populations, prises de panique, agissent comme si leur argent avait déjà perdu toute sa valeur. Or l’échange restera ouvert pendant douze mois.
Cette confusion a des effets concrets : des clients se débarrassent précipitamment de leur petite monnaie, des vendeurs refusent des paiements encore légaux et des chauffeurs exigent des billets ou des pièces récentes.
R.J. est une des victimes de cette confusion : "Je viens de me chamailler avec un chauffeur de taxi qui refusait ma pièce de 500 francs. Il a fini par accepter, je n'avais que cette petite monnaie sur moi."
Cette situation met en lumière le besoin d'une communication de proximité et maîtrisée. Pour G.M., la BEAC est un peu responsable de ce chaos. "Je crois que la Banque centrale a mal communiqué sur le sujet. Elle devait simplement procéder au retrait de ces pièces sur le marché sans que l'usager ne soit au courant. Cela aurait été plus
simple. Entre le commerçant qui veut vendre et le client qui attend son produit, qui doit expliquer à l'autre cette mesure ?"
En attendant que l'information officielle soit correctement assimilée, le dialogue de sourds se poursuit devant les étals, transformant chaque achat de routine en une véritable négociation de crise. "Même dans les stations-service, ces pièces sont refusées", s'en amuse A.M.
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