C'est le signe d'une déchéance profonde. Il a fallu, en fin de semaine dernière, que ce soient les évêques catholiques, réunis à Oyem, qui appellent à prier pour la paix au sein de l'Église évangélique du Gabon (EEG). Une initiative qui n’est pas passée inaperçue sur la toile.
Que l'Église catholique, elle-même si rigoureuse dans son organisation, soit obligée de jouer les médiateurs pour ses "frères séparés", en dit long sur l'état de délabrement de la plus ancienne communauté religieuse du pays.
Car depuis plus de dix ans, l'EEG n'est plus une Église, c'est un champ de bataille. On ne compte plus les assemblées générales contestées, les présidents autoproclamés, les tribunaux saisis pour une affaire de soutane. D'un côté, un camp. De l'autre, un autre camp. Au milieu, des fidèles pris en otage, des temples divisés, des offrandes qui disparaissent, peut-être, dans des frais d'avocats.
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La querelle n'est plus théologique. Elle est bassement matérielle et égotique. Qui va contrôler le patrimoine immobilier colossal de l'Église ? Qui va signer les chèques ? Qui va parler au nom de l'EEG devant l'État ?
On parle d'une Église fondée sur la Parole, mais on n'entend plus que des plaintes à gauche et à droite. On prêche l'humilité en chaire, mais on se déchire pour des titres, des voitures de fonction et des honneurs.
Le message de l'Évangile, " unité, pardon, amour du prochain ", est piétiné chaque jour par ceux-là mêmes qui prétendent le porter. Et pendant que les "révérends" et "présidents" se livrent à une guerre de communiqués, que devient le fidèle de Makokou, de Mouila ou de Port-Gentil ? Il est désorienté. Il ne sait plus qui est son pasteur légitime. Il voit son Église devenir la risée sur Facebook.
Comment évangéliser quand on est incapable de s'entendre entre hommes et femmes d'Eglise ? Comment parler de paix aux Gabonais quand on est incapable de faire la paix lors de son propre synode ?
L'appel des évêques catholiques est charitable, mais il est aussi une humiliation. L'Église évangélique du Gabon, autrefois respectée pour sa discipline et son rôle dans l'éducation et la santé, donne aujourd'hui l'image d'une entreprise familiale en faillite morale.
Il est temps que les anciens se taisent et que les vrais chrétiens prennent la parole. Il faut un audit financier indépendant, une mise sous tutelle courageuse et, surtout, un jeûne d'orgueil pour tous les protagonistes.
Sans cela, l'EEG continuera de mourir, non pas à cause du diable, mais à cause de ses propres bergers.
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