La scène est digne d'une parodie, mais elle a bien eu lieu au journal de 20 heures sur Gabon 1re. Jean-Jacques Ndjamendoungou Tsamoye, vice-président du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP) chargé des élections, a annoncé en direct sa démission de son parti et présenté ses excuses au président de la République.
Son crime, horrible ? Avoir mis un "like" sur Facebook. Oui, vous avez bien lu. Un like. À l’origine, une publication du président du RDP lui-même, sur la page officielle du parti. Une phrase qui n'a pourtant rien d'insurrectionnel : " Gouverner ce n'est pas inaugurer, c'est s'assurer que l'eau coule, que la lumière brille et que le citoyen puisse parler librement. "
Jean-Jacques Ndjamendoungou, comme tout militant, a mis un like (pouce levé) sur le post de son propre président. Une publication d'ailleurs passée inaperçue sur la toile.
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Pris de panique ou mû par un excès de zèle, le vice-président s'est précipité sur la télévision publique, à une heure de grande écoute, pour lire une déclaration surréaliste. Il aurait " par inadvertance liké cette déclaration tendancieuse " et présente " ses très respectueuses excuses à son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema ". Et pour bien montrer qu'il est désolé d'avoir aimé une phrase qui dit que l'eau doit couler, il démissionne du RDP.
Cette théâtralisation de la servilité a immédiatement fait réagir les internautes. L'acteur de la société civile Geoffroy Foumboula Libeka Makosso s'est dit "médusé".
"Que cela soit fait sur un média privé, cela peut se comprendre mais, sur la chaîne nationale c'est inacceptable, c'est une honte", a-t-il lâché, dénonçant "l'expression de l'excès de zèle de Gabon Télévision qui pousse le kounabélisme à son extrême".
Pour lui, faire passer ce genre de message sur une chaîne payée par le contribuable donne l'impression que le chef de l'État n'accepte pas la critique, " alors même qu'il prône la liberté d'expression ".
Sur Facebook, TikTok et dans les groupes WhatsApp, les internautes sont partagés entre fou rire et consternation. Le commentaire qui revient en boucle : " Il pouvait simplement déliker ". En 2026, on peut retirer un like en une seconde. Pas besoin de convoquer Gabon 1re, de mobiliser le JT de 20 heures et de présenter ses excuses à la Nation comme si on avait trahi la République.
Comment un vice-président chargé des élections peut-il faire croire qu'il a liké par inadvertance le post de son propre parti ? Et s'il a vraiment cliqué par erreur, pourquoi ne pas juste annuler ?
Cette affaire révèle deux choses graves pour notre démocratie. D'abord la peur de déplaire au pouvoir qui transforme un responsable politique en petit garçon qui va s'excuser devant le peuple. Ensuite le nombrilisme. Prêt à renier son parti et ses idées pour sauver ses intérêts personnels et rester dans les bonnes grâces.
Jean-Jacques Ndjamendoungou voulait effacer un like. Mais il semble avoir réussi à s'effacer lui-même.
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