C’est une affiche qui sent la poudre et la revanche. Ce samedi, sur le coup de 20 heures, le stade de Casablanca sera le théâtre d’un des chocs les plus attendus de ces huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Au-delà de l’enjeu sportif immédiat, cette opposition ravive inévitablement les fantômes du passé. Si les statistiques ne plaident guère en faveur de la Tunisie — deux défaites et deux partages de points en quatre duels continentaux face aux Maliens —, c’est surtout le scénario ubuesque de leur dernière confrontation en phase de poules, il y a quatre ans, qui hante encore les esprits.
Limbé, théâtre de l’absurde
Il faut remonter au 12 janvier 2022 pour comprendre le traumatisme tunisien. Sur la pelouse de Limbé, au Cameroun, la rencontre d’ouverture du groupe F vire au chaos. Au centre de la tempête : Janny Sikazwe. L’arbitre zambien, figure pourtant respectée du sifflet africain, plonge la rencontre dans la confusion la plus totale en mettant un terme aux débats à la 85e minute.
Face à l’incompréhension générale, le jeu reprend brièvement, avant que l’officiel ne siffle la fin définitive du match à quelques secondes de la 90e minute, sans accorder le moindre arrêt de jeu. Le Mali s’impose (1-0), mais le résultat passe au second plan. Le staff tunisien, furieux d’être privé d’un temps additionnel crucial pour tenter d’arracher l’égalisation, envahit le terrain. La scène, surréaliste, voit l’arbitre évacué sous escorte sécuritaire.
Un drame évité de justesse
L’incident, qui a fait le tour de la planète football, trouvera son explication quelques jours plus tard. Loin d’une simple erreur technique, Janny Sikazwe révélera avoir été victime d’une grave insolation. Les conditions climatiques extrêmes de Limbé, combinées à un taux d’humidité supérieur à 80 %, ont eu raison de sa lucidité.
Dans un témoignage glaçant livré par la suite, le Zambien confiera avoir perdu tout contact avec la réalité, n’entendant même plus les alertes de ses assistants via l’oreillette. Selon les médecins, l’homme en noir n’était qu’à quelques minutes de sombrer dans le coma. « J’aurais pu rentrer dans un cercueil », avouera-t-il, soulignant la dangerosité de l’incident.
La fin d’une ère
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Janny Sikazwe a officiellement rangé son sifflet fin 2022, à l’âge de 45 ans, exprimant sa volonté de transmettre le flambeau à la nouvelle génération. Avant de tirer sa révérence, il avait officié lors du Mondial au Qatar, dirigeant notamment le match Belgique-Canada (1-0), une rencontre qui lui vaudra de nouvelles critiques pour des situations de penalty litigieuses en défaveur des Canadiens.
Ce samedi, c’est une tout autre histoire qui s’écrira au Maroc. Mais nul doute que dans les têtes tunisiennes, l’envie de laver l’affront de 2022 servira de motivation supplémentaire face à la bande à Yves Bissouma
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